Le Calame – Les préparatifs des concertations politiques entre les acteurs politiques battent leur plein. C’est un moment important mais la société civile semble laissée en marge par les acteurs politiques. Comprenez-vous pourquoi ?
✓Baliou Coulibaly : Effectivement, nous avons fait ce constat regrettable qui a conduit à la mise à l’écart de la société civile. Cela est dû à deux faits. D’abord les acteurs traditionnels considèrent qu’ils sont les principaux acteurs des affaires de la cité. Jusque-là, malgré les injonctions des partenaires au développement, ils continuent à marginaliser la société civile.
C’est là une tendance regrettable et fortement ancrée et qui reste en porte à faux avec les bonnes pratiques en vigueur dans le monde. Dans les pays de démocratie véritable, la société civile est au cœur de toutes les concertations et discussions autour des problématiques des cités.
Le deuxième facteur est lié au fait que la société civile n’a pas encore réussi à s’imposer en tant que partenaire indispensable et incontournable, c’est là également un fait à déplorer. Nous devons au niveau de la société civile pallier cela et nécessairement on doit être impliqué et s’impliquer, puisque pour qu’un dialogue soit franc, crédible et sincère, il doit être inclusif, et la société civile est une partie prenante de toutes les concertations qui engagent l’avenir de sa Nation.
–Vous avez certainement scruté la feuille de route que les acteurs ont concoctée pour le dialogue. Quelle appréciation vous en faites ? Quels sont les thèmes qui ont retenu votre attention ?
✓BC : A propos de la feuille de nous route, nous avons constaté qu’elle s’intéresse beaucoup plus à des questions de calendrier et d’organisation. Certes, les parties ont ciblé quelques axes comme la bonne gouvernance, l’unité nationale… A nos yeux, les thèmes listés demeurent très généraux et vagues.
A notre avis, quand on va à ce genre de débat, on doit mettre l’accent sur l’essentiel et aborder sérieusement les priorités. A mon avis, on doit avoir le courage de s’attaquer aux questions essentielles et urgentes. Nous voulons que les questions de l’unité nationale, du passif humanitaire et de l’esclavage soient posées de manière claire et concrète pour sortir avec des propositions claires, comme au temps de feu le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi.
Aussi, la question de l’esclavage doit-elle être traitée, pas seulement sur son aspect juridique mais aussi sur le plan économique et social, avec des mesures d’accompagnement comme la discrimination positive, l’appui et la prise en charge des personnes victimes de cette pratique mais également en termes de partage et de redistribution des richesses.
Aujourd’hui, hélas, il y a beaucoup de gens issus de ces couches qui n’ont aucune chance d’accéder à certaines fonctions, ce qui met un frein à leur émancipation puisqu’ils ne pourront pas poursuivre efficacement leur lutte et leurs enfants n’auront aucune chance de faire des études et partant jouir des richesses de leur propre pays, comme tous les autres, dans un pays égalitaire et juste et pour éradiquer ce phénomène et enfin apaiser les esprits.
« Le 15 septembre 2021 à la place du théâtre pendant la période de l’empire Romain, dans la ville de Terni, centre de l’Italie, une foule immense, constituée d’artistes, d’intellectuels, de défenseurs et défenseuses de droits humains, d’hommes et de femmes politiques, ont attendu des heures et sous une pluie torrentielle, le discours du député Mauritanien, président et co-fondateur des réseaux IRA de par le monde. Le discours de BDA, tant attendu par la communauté Iraouis d’Italie, la plus ancienne d’Europe, ce discours a commencé avec 5h de temps de retard. Un retard qui est dû au vol Paris-Roma (mercredi1 5h), raté par BDA et son épouse et compagne de lutte Leila AhmedHmaida. Le fidèle public Italien a attendu patiemment les invités et le conférencier. Ce dernier a pris la parole après que le public ait visionné le documentaire sur le combat d’IRA et BDA en Mauritanie, docu-film réalisé par l’universitaire et cinéaste Italien natif de la ville de Terni, Marco Piantoni. » Compte rendu Réseaux IRA-MAURITANIE
Ce groupe « Afro-défenseur » très actif en France serait dissous par les autorités hexagonales ces dernières heures . Bon… On peut ne pas trop accepter toutes les sorties publiques militantes de Mr Behazin et ses camarades mais ils rendent un certain service antiraciste par une veille d’éclats de secours d’urgence. Secours au service de milieux black victimes d’un racisme latent qui surgit misérablement ici et là. Généralement les voix dites classiques antiracistes pleurnichent par une littérature communicationelle bien convenue et balisée et un certain élitisme carriériste s’y entretient… Et l’humanité des victimes du terrain se défend par du chiffrage et des statistiques. La LDNA avec ses limites et ses méthodes, va sur le terrain en exposant les protagonistes victimes et suspects mis en cause via ses canaux de communication en live. Une veille très utile pour les personnes noires se trouvant esseulées dans des environnements racistes d’une certaine gravité. Je pense à l’affaire de tante Pauline à Levallois-Perret en 2019 et leur activisme courageusement manifesté à la Mairie de cette ville du 92, lire https://soninkideesjose.wordpress.com/2019/03/06/societe-levallois-perret-chez-pauline-la-boulangere-contre-la-betise-raciste/.
L’existence de la LDNA sert un ascendant psychologique d’intimidation sur certains milieux racistes et d’alerte à l’endroit des autorités publiques qui sont moins regardantes sur certains types de délits relevés ici et là surtout si les victimes sont Noires. Des cas de racisme abject et violent sont ramenés sous la rubrique laconique et banale des faits divers. Et ça continue, l’idéologie sociale racialiste fleurit dans les imaginaires laissant entendre que negre c’est negre hier comme aujourd’hui.
Donc cette dissolution n’est pas une bonne nouvelle pour l’antiracisme en France !
✓ Quelques éléments médiatiques LDNA sur le dernier événement dans la ville de Val De Reuil :
Il m’a été demandé de réfléchir dans une approche comparative voire dialectique sur les mots racisme et féodalité. J’avoue que j’étais gêné et même quelque peu embarrassé par l’offre. En effet, dans le tréfonds de la sagesse Soninké, il existe une inspiration rationnelle exprimée dans les proverbes et dictons, qui s’est émancipée du primat et diktat de la pensée et de la philosophie dominantes de l’asservissement. Ainsi, on a l’habitude de dire chez les Soninké « qu’il ne faut pas comparer deux grains de sel : la différence est dans le poids et non pas dans la saveur ». N’est-ce pas une sagesse ! Du coup, j’ai trouvé le sujet sans intérêt. Mais au fur et à mesure de la réflexion, il m’est apparu intéressant et à la fois pertinent. Même si la morale soutient qu’il ne faut pas comparer deux maux, il faut plutôt les combattre : ils se valent quel qu’ils soient. Cependant, ce n’est nullement du cynisme que de vouloir mettre en opposition ces deux concepts. J’entends ainsi les combattre en les mettant à nu, comme des voleurs qu’on mettait à poil au milieu de la journée à la place publique, autrefois quand j’étais enfant, au temps où le vol était un acte répréhensible. Appartenant à un pays multi-ethniques et multiculturels, cette comparaison m’est apparue problématique, irrésistible et envoutante à la fois : je suis contrarié et pris dans un dilemme. En effet, il s’agit de parler de deux maux, deux malédictions, deux abominations. A présent, je suis gagné et vaincu par le mal de ma profession : l’autocensure. J’en viens à mesurer aussitôt la « dangerosité » du sujet : deux maux comme deux grenades dans mes mains et qui peuvent être dégoupillées à tout moment. C’est un acte suicidaire. Il faut du courage et beaucoup de courage pour traiter ce sujet. Je prends l’avis d’un camarade de promotion, plus brillant et plus courageux : naturellement sa réponse est un encouragement. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Après moult hésitations, c’est le oui qui finit par l’emporter comme dans un référendum. Et voilà ! Je me décide maintenant, chers compatriotes à livrer ma réflexion sur ce sujet pour servir l’intérêt général et agissant désormais sous la légitimité et la légalité référendaires de la victoire du « oui ».
Le racisme pour faire simple est une idéologie qui repose sur le postulat selon lequel, l’espèce humaine est constituée de plusieurs races ou catégories dont certaines sont intrinsèquement supérieures à d’autres, sur la base d’une différence liée à la couleur de la peau, à la culture, ou encore à l’ethnie etc.
Au regard de cette définition, le racisme reste fondamentalement une façon d’agir et de se comporter, foncièrement nocive, par ce que se fondant sur une idéologie par essence dogmatique, extrémiste, ségrégationniste et intolérante du fait qu’elle refuse et réprouve la différence. Ainsi, le mot racisme traduit avec euphémisme haine, mépris, diabolisation, répugnance et préjugés : toute une construction hégémonique et suprématiste aux relents fascistes ou nazis. La féodalité, qu’est-ce que c’est ? Dans le contexte africain qui nous intéresse, la féodalité résulterait de la division sociale du travail. Dans cet esprit, elle est plutôt perçue comme une stratégie de gouvernance, de gouvernement et de gestion de la collectivité en vue de survivre et de dominer la nature à une époque où « l’homme était un loup pour l’homme ». Expliquée de cette manière, la féodalité découle de la stratification sociale, un mode d’organisation social pyramidal où tous les membres ne sont pas logés dans la même enseigne. Ce qui explique l’existence de plusieurs statuts sociaux à valeurs inégales qu’on peut caricaturer d’ascendants ou descendants, valorisants ou dévalorisants ou encore intermédiaires, médianes auxquels sont affectés des rôles sociaux et des personnalités dans un ensemble territorial, socioculturel et historique cohérent. C’est un système parfaitement adapté au mode de travail, d’organisation et de production des sociétés traditionnelles pour ne pas dire primitives. Ainsi définie, on comprend aisément que la féodalité est historiquement une valeur, une tradition et une coutume qui a fait l’âge d’or des sociétés ancestrales africaines avec ses hauts et bas, comme tout système. Elle est certes inégalitaire du fait que la naissance détermine la trajectoire sociale de l’individu : aucune autre ascension n’était envisageable en dehors du statut hérité et imposé. Cependant avec le temps et les mutations sociales, les velléités de liberté, d’émancipation et de démocratie, de respect de la dignité humaine, la féodalité est passée de valeur à anti valeur ou contrevaleur. Chaque personne entend désormais s’épanouir et chercher lui-même son chemin en dehors du conformisme familial et communautaire : le « père et l’héritage » ne sont plus immuables et vénérés. . Le temps étant plus fort, agissant silencieusement mais sûrement et résolument telle l’action de l’érosion sur la pierre, le système féodal est à bout de souffle et connaît des entailles fatales. Le temps a eu le dernier mot. Conséquence, le conflit des générations est inévitable. C’est une crise que connaissent toutes les sociétés. Mais c’est seulement, les plus fortes et celles qui ont eu la clairvoyance et la lucidité de confier la gestion de cette crise à des dirigeants éclairés qui réussissent en sortir indemnes. Cette comparaison n’est pas terminée ou dit moins, elle est restée jusqu’ici superficielle. En effet, on s’est limité à étudier séparément ou de manière désarticulée nos concepts objet de notre réflexion. Le racisme tant décrier dans le monde semble à nos yeux moins dangereux que la féodalité. C’est presque de la provocation que de soutenir une telle assertion. Mais dépassionnons le débat. Finalement, je présente toutes mes excuses aux racistes que j’ai tant combattus et dénoncés depuis ma tendre enfance. On m’a vite appris à détester l’Afrique du Sud sous l’apartheid, l’Amérique suprématiste blanche, le colonisateur blanc etc.
Dans cette démarche, je n’ai pu m’empêcher d’aller me recueillir sur les hauts lieux de la traite des noirs sur le continent : Gorée au Sénégal et El Mina au Ghana. Mais au fait, l’enfer c’est toujours l’autre disait le philosophe. Nous sommes tendres avec nous-mêmes et trop exigeants avec les autres. Ne me faites surtout pas dire ce que je n’ai pas dit. Ne tronquez surtout pas mes propos. Si vous devriez me reprendre, citez-moi dans le respect des conventions académiques et universitaires. Dans mon analyse, j’en viens à conclure que le racisme est victime de sa surmédiatisation : Il n’est peut-être pas si mauvais qu’on le pense. En effet, il se nourrit en grande partie des préjugés et de la peur de l’autre souvent présenté à tort comme malédiction et démon. L’ignorance aidant, le raciste se croit supérieur et regarde son vis -à- vis avec une certaine condescendance. Cependant, ses idées ou constructions préétablies et préconçues se délitent petit à petit dès qu’il a l’occasion de côtoyer l’autre. Il en vient au regret et même des fois au mea-culpa : on m’a dit. J’ai appris que … Il paraît que etc. On comprend alors que c’est la distance qui nourrit et entretient le racisme. Le refus d’aller à la rencontre et à la découverte de l’autre. Un éloignement qui n’est pas forcément territorial mais lié à la différence de culturel, de couleur etc. Dès lors une méfiance trop exubérante et excessive entretenue avec une autre communauté risque d’être assimilée à du racisme. Or, nous sommes tous des hommes, l’étranger dans la plupart de nos sociétés fait toujours jaser et est objet de suspicion : la peur de l’inconnu. Mais une fois intégré, l’étranger est assimilé, accepté et regardé avec humanité.
C’est le dénouement d’un long processus de schizophrénie basée sur la stigmatisation de l’autre par ce que différent. Pour preuve, tous les systèmes racistes à travers le monde ont fini par se ramollir : les mariages mixtes autrefois impossibles et même regardés comme des liaisons contre-nature sont devenus un phénomène de mode. Une précision me semble essentielle. Le racisme, ce n’est pas toujours la caractéristique du blanc. C’est malheureusement, l’idée qui habite la plus part d’entre nous. Il existe aussi des noirs racistes nourrissant une haine viscérale vis-à-vis de tout ce qui est blanc ou différent. L’antidote du racisme, c’est à mon sens la tolérance.
L’intolérance conduit à tous les excès et abus : égocentrisme, nombrilisme, xénophobie etc. A contrario, le féodal et sa « victime » appartiennent à la même entité géographique et socioculturelle.
Ils parlent souvent la même langue. Ils présentent des similitudes évidentes comme des vrais jumeaux avec des traits physiques et culturels identiques comme deux gouttes d’eau. La nature n’a pas voulu qu’ils soient différents. Mais, ils s’imposent une différence qui n’existe pas. Une différence qu’ils sont les seuls à voir juste pour asseoir des désirs hégémoniques.
A quelque chose, malheur est bon. Heureusement ! Le raciste les ramène toujours à la raison: il les traite et considère de la même manière. Ils sont logés dans la même enseigne pour lui. D’ailleurs, il ne peut s’empêcher d’en rire, tellement c’est absurde pour lui. En effet, “noble et l’esclave ” dans l’empire féodal présentent et dégagent les mêmes visages et ressemblances. Ce sont deux frères sans fraternité, qui se côtoient et occupent le même espace communautaire stratifié et inégalitaire. Ils entretiennent des relations complexes réglées par la naissance valorisante pour l’un et dévalorisante pour l’autre. Ils ne peuvent jamais être des parents. Ils ne se “marient jamais ensemble”. Ce sont deux mondes qui se côtoient mais ne se rencontrent jamais. Les places, les statuts, le rang, le classement, sur l’échiquier communautaire sont du ressort de l’héritage. Aucune perspective de réhabilitation, de reclassement et même de rectification n’est envisageable pour ceux qui sont placés depuis des générations au bas de l’échelle. Tout est fait pour maintenir chacun dans sa classe. Tout est reproductibilité, calque, fidélité et nostalgie du génie ancestral. Imaginez, une société où le travail, la compétence, l’érudition, la réputation, la probité, la vertu et la sagesse par opposition à la « noblesse héritée » ne sont pas considérées comme des vecteurs d’accession au nom du respect d’une tradition. En dépit de leur pluralité et diversité culturelles, les sociétés humaines sont par essence dynamiques. Elles ne peuvent pas être figées. En effet, l’homme est désir de perfectibilité : il cherche toujours à changer de situation, à s’améliorer et à s’adapter. Le temps, l’environnement, le contexte autant d’éléments endogènes et exogènes imposent leur rythme et cadence. Une musique qu’il faut apprendre à danser au risque de disparaitre, d’être frappé d’anachronisme ou de se faire passer pour un plaisantin.
Ainsi, le raciste au contact avec la réalité à mille et une chances de se repentir. Au contact de la vérité, les préjugés s’effondrent et s’écroulent. En revanche, le féodal est partisan de l’éternel statuquo, de la continuité d’un patrimoine tombé du ciel, sans jamais chercher à comprendre l’origine et la source, la moralité ou l’immoralité, la pertinence et la justesse. Je m’en tiens à mon acquis. C’est tout ! C’est de l’égoïsme surdimensionné doublé de narcissisme. Dans le contexte de notre pays, on critique vertement à longueur de journée et ce de manière infatigable « le racisme blanc » qui résulterait de la peur, de la différence et des conflits inhérents à une scène nationale traversée par plusieurs intérêts et parfois des réalités opposés, divergents ou contradictoires qui peinent souvent à s’accommoder. Normal quand on est différent ! Mais comment expliquer qu’un descendant d’esclave noir ait plus de chance à épouser « une blanche » qu’une femme de sa propre communauté au nom d’une tradition ? Sachant qu’ils parlent la même langue, appartiennent à la même entité géographique, socioculturelle et historique. Soyons logique. Arrêtons de jeter la pierre sur l’autre. Le combat pour la liberté est global, systémique et cohérent. Il ne peut intégrer des cas particuliers. C’est une règle qui n’admet pas d’exceptions. La féodalité qui crie au racisme, c’est courant dans mon pays. C’est l’hôpital qui se moque de la charité. A l’école primaire, l’une des nombreuses chansons que j’apprises disait : “Jamais l’on verra la queue d’une sourie dans l’oreille d’un chat». Cette phrase résume à elle seule le conflit sans fin entre chat et sourie. Qui ne connaît pas le malin plaisir du chat à terroriser la sourie? Mais pourtant, ces deux animaux élevés ensemble deviennent des amis et même des complices au point de voir la queue de la sourie dans la gueule du chat sans risquer de se faire manger. Les bêtes arrivent à apprivoiser leur côté grégaire, sauvage et bestial pour s’adapter aux conditions imposées par l’élevage. Or, dans les sociétés féodales, « le noble et l’esclave » ont dans la plus part des cas grandi ensemble. Ils se sont partagés et même échangés” les choses les plus intimes” mais ils ne peuvent envisager une relation plus humaine. Il leur est impossible d’envisager une amitié d’homme à homme, une véritable parenté : leur rapport reste celui de dominant et de dominé, d’inférieur et de supérieur. En effet, dans cette relation l’un des acteurs est incapable de tendre la main à son « alter égo », de se mettre à sa place, de comprendre ses préoccupations, par ce que trop attaché au prestige et à un statut évanescent qui n’est plus que l’ombre de lui-même, dessert la communauté au lieu de la servir. Le dialogue, la concertation ou la consultation entre les leaders politiques en gestation doit intégrer cette question- à mon sens fondamental- afin que ces assises ne soient pas juste une occasion pour certains hommes politiques de se donner une nouvelle virginité politique en vue de revenir au-devant de la scène politique nationale. Je vous en prie. Dans votre déballage des problèmes de notre pays, osez parler de l’esclavage, de la féodalité plus discriminante que le racisme souvent accusé de plomber les ailes de la nation mauritanienne. Cette comparaison, à la limite de la provocation est loin d’être insensée. Elle m’a amené à la conclusion que le racisme et la féodalité sont tous porteurs des germes de divisions : ils n’ont point de place dans notre république islamique.
Dans le cadre du programme de Recherche – Action EMiFo (« Esclavage et Migrations Forcées dans l’Ouest du Mali ») s’est tenu un atelier de formation des autorités administratives et judiciaires principalement des régions de Kayes, Kita, Nioro et Koulikoro sur l’esclavage par ascendance du 28 juin au 2 juillet 2021. Le lundi 28 juin 2021 la cérémonie d’ouverture a regroupé une centaine de personnes dont les invités et les participants, gouverneurs, préfets magistrats etc. dans l’amphi 1 de la Faculté de Droit Public de Bamako.
Pendant une semaine, les participants ont suivi divers modules pour renforcer leurs connaissances socio-historiques et leur maîtrise des instruments juridiques internationaux et régionaux pour la promotion et la protection des droits humains et la lutte contre l’esclavage par ascendance. Les interventions ont toujours donné lieu à une session de questions-réponses, qui ont permis non seulement d’approfondir le sujet, mais surtout de débattre franchement sur les constats dressés et les recommandations proposées.
Au vu des réponses apportées par les participants au questionnaire de satisfaction distribué en fin d’atelier, la formation est dans l’ensemble un succès. Ils déclarent unanimement que « les thèmes abordés et les discussions ont enrichi [leur] compréhension du sujet », et soulignent dans le questionnaire comme dans les commentaires la qualité des communications proposées comme la qualité des interventions des participants dans les discussions. Formateurs et participants ont tous contribué activement à l’atelier, et soulignent l’importance de lutter efficacement contre l’esclavage par ascendance au Mali et partout ailleurs, tant pour des raisons de respect des droits humains que de stabilité sociale et économique dans une sous-région de plus en plus en proie au conflit.
La coordination du mouvement IRA et du parti RAG a entamé hier des journées de concertations et d’échanges entre la direction e la base. Obectif : évaluer la nouvelle approche menée dans le cadre de l’apaisement avec le pouvoir, un processus enclenché il y a plus de deux ans avec l’arrivée du président Ghazouani aux commandes.
Ces 3 journées dont la première s’est tenu ce mercredi 08 septembre à Nouakchott Nord sont supervisées par le président Birame Dah Abeid.
Dans son mot introductif Birame a salué le « climat de paix et de coopération positive entre IRA-RAG et le pouvoir de Ghazouani. »
Et de rappeler qu’après les élections présidentielles de 2019 et la fraude qui s’en est suivi à son détriment, des branches du pouvoir et de l’opposition basée à l’étranger avaient concocté un plan diabolique ayant pour objectif une confrontation violente et sanguinaire entre mauritaniens. Ce plan dit-il a foiré car nous avons choisi le camp du peuple.
Nous avons donc choisi d’éviter l’effusion de sang et la guerre civile car c’est nous qui détenons la force populaire, la jeunesse dynamique et les deux dernières élections présidentielles l’ont prouvé, ajoute-t-il. Et de poursuivre en affirmant, c’est à nous de protéger les mauritaniens en usant de moyens pacifiques.
Et Birame de saluer la nouvelle atmosphère qui permet à IRA/RAG de consolider son emprise, d’avoir l’oreille du pouvoir et partant de mieux défendre les intérêts des populations.
Ainsi IRA ne fait plus face à la répression à l’emprisonnement et aux procès politiques. Beaucoup d’avantages ont été souligné, des progrès notoires et une scène apaisée. C’est là le point de vue de IRA.
Mais face à cette approche il y a des gens qui disent que IRA a perdu son âme en pactisant avec le diable.
Ces journées de concertations constituent un message pour la classe politique et pour le pouvoir. Et comme ont eu à le souligner les différents intervenants les rencontres avec Birame dans les bureaux sont insuffisants.
Ainsi Mahfoud Habib,Mohamed Samba, Salek Ould Maatala, Hamada Ould Lekhal, Abdallahi Abou Diop, Yeslem Ould Salem, Jibril, Bilal Ould Salem, Amadou Traoré, Salem Ould Sid’Ahmed et bien d’autres cadres et militants de IRA/RAG ont tous salué la main tendue du pouvoir mais l’ont jugée insuffisante.
Les intervenants s’impatientent notamment pour la légalisation du mouvement IRA et du parti RAG. Ils ne comprennent pas pourquoi toutes ces tergiversations de la part du pouvoir.
Ils ont aussi réclamé l’instauration de la justice, l’accès aux centres d’enrôlement, la lutte contre l’esclavage, les inégalités, les prix.
Les cadres et militants ont invité le pouvoir a profiter de l’occasion pur lâcher du lest.
Face à ce qu’ils considèrent comme un immobilisme ils menacent de renouer avec la rue, une menace qui exprime un ras-le-bol et qui sonne comme un avertissement.
Notons qu’une journée de concertation similaire se tiendra cet après midi à Sebkha.
• Pour suivre l’émission via la chaîne Youtube RMI-info :
On ne présente plus Chebih CHEIKH-MELAININE dans le paysage politique mauritanien. À la fois penseur, homme politique et écrivain, Chebih est une personne ressource. Dans cet entretien, il apparaît, comme à l’accoutoumé, en tant qu’ un homme de gauche toujours proche du peuple. Il fut ministre à trois reprises et mène toujours une grande influence sur la vie politique mauritanienne.
Chebih CHEIKH-MELAININE vient de publier “Confession d’un esclave”. À cette occasion, il accordé à cette occasion une interview exclusive à RMI-info.com.
Dans cette première de la saison de votre émission l’Entretien de RMI, Chebih CHEIKH-MELAININE revient, à la fois sur son livre, et son parcours professionnel. Enfin, à travers ses analyses toujours percutantes, il revient sur certains aspects de la vie et l’actualité politique mauritanienne .
Le lexique d’une langue est un répertoire plutôt une base de données où sont stockés tous les mots de cette langue.
Il s’agit d’un inventaire extensible suivant la compétence et la performance linguistiques du locuteur.
Au-delà d’être une liste infinie de mots dans laquelle puisent tous les locuteurs d’une langue, le lexique reste un marqueur de la vitalité et du dynamisme de la langue.
Par ailleurs, les mots ne sont jamais neutres et «innocents » : ils sont toujours l’expression d’une manière d’être, de penser, de voir, de se représenter, de présenter le monde et la cosmogonie.
Les mots disent plus que ce qu’on entend. Ils sont trop bavards. Il suffit d’avoir la compétence et le génie de les interroger. Ils véhiculent donc toute une philosophie sociale et populaire, culturelle, cultuelle, historique, empirique, d’une société etc.
Ainsi, le lexique reste le référentiel le plus pertinent et éloquent, comme la « boite noire » qui ne cesse de nous surprendre en révélant tous ses secrets suite à un crash d’avion.
Pour ceux qui ne savent pas, la linguistique est une branche des sciences du langage. Elle se veut descriptive et non prescriptive comme la grammaire : du coup, elle essaie de comprendre, d’expliquer et même de « disséquer » la langue, son objet d’étude, avec la rigueur et l’impartialité requises, lesquelles constituent l’idéal scientifique.
Ceci dit, je vous propose ce corpus tiré de la langue soninké dans une approche à la fois diachronique et synchronique.
Les mots utilisés ici ne représentent qu’un échantillon pour illustrer notre propos. Ils correspondent aux différentes manières de nommer les personnes d’extraction servile.
Singulier – pluriel – signification littérale en français
Kome – Komo : Esclave
Fonlenme – Fonlenmu : littéralement petites gens ou encore qui est diminué, inachevé, retardé, incomplet, déficitaire aux sens physique, morale, éducationnel et congénital.
Tunbare – Tunbaru : c’est spécifique aux femmes, l’équivalent d’esclave “Kome” qui s’emploie pour l’homme et la femme.
Kabu – kabunu : signifie le nombre neuf. Autrefois, pour compter les Soninké procèdent par des tas de dix pour après faire le total. Ainsi dix « Tanmu », est complet, correspond à la noblesse par opposition à neuf (en manque).
Liberte – Liberte : vient du français liberté, très usité en ce moment par ce qu’il veut dire un esclave récalcitrant, révolté ou/et insubordonné.
Comme on peut le constater, ces mots sont, aujourd’hui, encore en usage dans la langue et dans la quasi-totalité des contrées du Guidimakha, particulièrement dans le Guidimakha « d’en Haut » par opposition à celui du fleuve (d’en bas) où les populations sont moins réfractaires au changement en raison de l’influence du Sénégal.
Il faut signaler qu’avec le vent d’émancipation et de liberté, l’usage de ces mots tend à devenir marginal et circonstanciel.
Autrefois et encore aujourd’hui, ces vocables traduisent des contenus abjects ; stigmatisants, dégradants, avilissants, déshonorants et méprisables.
Cependant dans un contexte de citoyenneté, de liberté et démocratie : un homme, une voix, ils sortent peu à peu de la normalité.
Seuls quelques irréductibles et nostalgiques continuent encore de les utiliser publiquement.
Ils surgissent néanmoins lors de bagarres pour froisser, diminuer ou humilier une personne d’extraction servile.
Dans les villes, ces « aberrations » sont souvent employées dans les salons ou cercles restreints pour porter atteinte de manière envieuse à la dignité d’une personne d’ascendance esclave qui a réussi socialement et s’est forgée un nouveau statut social plus respectable.
Au regard de ce qui précède, on comprend aisément que les mots ont connu une « dynamique sémantique » imposée par le temps et le contexte qui échappent heureusement ou malheureusement à la féodalité.
Cette évolution du sens dans la façon de nommer les esclaves est en soi un curseur qui montre la nouvelle trajectoire d’un monde plus égalitaire et porteur de valeurs universalistes.
Après avoir démontré par les concepts la persistance de l’esclavage chez les Soninké et sa mutation sous d’autres formes plus subtiles ou sournoises, à l’image de la plupart des sociétés africaines, j’entends dire seulement aux négationnistes qu’ils ont tort de tout nier en bloc.
La pratique a existé. Elle a, certes, fait des mus pour s’adapter en intégrant un autre corps, en perdant de sa vigueur et vivacité. Mais le substrat et la philosophie de la tradition féodale sont restés et s’évertuent vaille que vaille à résister aux appels au changement.
Personne n’a jamais soutenu qu’aujourd’hui au Guidimakha, il existe des marchés aux esclaves, des hommes, des femmes et des enfants traités comme du bétail, taillable et corvéable à merci comme les serfs l’étaient au Moyen-Age par les Seigneurs. Non !
Il s’agit de montrer tout simplement que les descendants d’esclaves sont victimes d’une forme d’injustice et de stigmatisation dans les mots, dans les rapports avec les autres au sein de l’espace public communautaire et dans la gestion des affaires communautaires.
Cela peut également s’appeler discriminations. En effet, les personnes d’extraction servile sont de facto défavorisées par la naissance sur la base du système féodal qui n’est qu’une déclinaison de l’esclavage traditionnel.
Ainsi, l’esclavage tant décrié aujourd’hui chez les Soninkés et même dans la plupart des sociétés africaines ne peut être comparé à la traite transatlantique et orientale, basée sur l’exploitation de l’homme par l’homme, sa déshumanisation et sa négation tout simplement.
Heureusement, le contexte ne le permet plus. Mais les ambitions et les velléités de la classe féodale restent tenaces et têtues. Elle feint de ne rien entendre et comprendre, ignorant et méprisant les aspirations légitimes de la « majorité silencieuse », comme un dictateur aux dernières heures de son pouvoir.
Le mardi 1ER septembre 2020 quatre militants antiesclavagistes maliens du village de Diandioumme ont été sauvagement agressés, lynchés, assassinés et jetés dans l’eau entre 20H et 22h (voire plus tard).
Il s’agit de :
Mountakha Jarisso
Moussa Cissokho,
Youssouf Cissokho
Hamet Cissokho
GLOIRE, HONNEUR ET RESPECT ETERNELS POUR VOUS !!! Ils ont été assassinés au seul motif qu’ils ont refusé leur statut d’esclaves éternels dans leur village et de s’être engagés dans l’association Gambanaaxu-Fedde (Association « Tous égaux »). L’objectif de leur combat est de faire disparaître ce fléau des vestiges de l’esclavage dans les régions à majorité soninkophone et par extension dans toute l’Afrique et dans le monde entier.
Aujourd’hui nous nous recueillons devant vos tombes car pour toute l’humanité vous êtes des exemples, des modèles, des symboles et des martyrs. Vous avez donné vos vies à la liberté, la dignité, l’égalité, le respect de la personne humaine. Vous êtes tombés au champ d’honneur et des millions d’Africains reprendront le flambeau de la liberté. Par cette première commémoration nous élargirons toujours plus pacifiquement le cercle de votre cri d’égalité à tous les peuples soninkés, à tous les peuples d’Afrique à tous les peuples du monde, sans haine ni rancune. Nous vous promettons de vous arracher à l’oubli en expliquant à tous les Soninkés et à tous les hommes, le sens de votre sacrifice ultime. Une bougie éternelle d’amour et d’espoir, désormais éclaire nos cœurs.
REFUSONS comme ces quatre militants de Gambanaxu-Fedde, toute idée de soumission d’un être humain à un autre par l’esclavage et par la force.
La première édition du tournoi de football Ganbanaaxu France s’est déroulée en Format Journée sur ces 2 derniers week-ends du mois d’août 2021. Le dimanche 22 août et le samedi 28 août avec 12 villages participants dans une ambiance conviviale et fraternelle autour l’expression sportive des idéaux portés par GANBANAAXU FEDDE. Malgré un timing serré au niveau organisationnel notamment la disponibilité du stade, l’équipe « Événementiel » d’Armepes-France dirigée par Monsieur Adama Traoré a su permettre un tournoi très réussi. Nous saluons les efforts de l’entité Jeunesse Ganbanaaxu Gorilakhé pour l’appui organisationnel.
Le tournoi a été remporté par l’équipe de Diaguily-Memouké qui a battu en finale l’équipe de Gorilakhé par 3 – 1.
Nos vifs remerciements aux participants et à toute l’équipe organisatrice.
✓Rendez-vous est pris pour l’an prochain avec un format plus élargi. inshâAllah
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