Le débat actuel sur la promotion des langues nationales oublie un aspect essentiel, qui ne nécessite pas de sit-in, marche, manifestation, en bravant les grenades lacrymogènes, et s’exposant à la violence policière.
Promouvoir, les langues nationales, ce n’est pas seulement se battre pour leur officialisation, pour qu’ elles intègrent le système éducatif, qu’ elles soient utilisées dans l’administration au même titre que l’Arabe et le Français.
Ce combat est certes légitime, cependant il est loin d’être à portée de main dans le contexte actuel. En effet, la volonté politique déterminera toujours l’avenir des langues nationales, en Mauritanie où personne ne peut se douter que le cœur des décideurs politiques bat fort pour une arabisation à outrance : un impérialisme linguistique. Il y a ce que veut l’Etat, ce que peut l’Etat, ce qu’ envisage l’Etat pour l’avenir des langues nationales.
Or, il est évident que ce qui relève des autorités, de l’Etat qui n’est pas facile à conquérir ; le chemin est fastidieux et semé d’embûches.
Il y a maintenant quelque chose de simple, qui ne demande rien, si nous avions une vision globale, systémique, et nourrissons un projet holistique pour la promotion des langues nationales.
Cet aspect de la promotion des langues nationales consistera à travailler pour enrichir le lexique du Pulaar, du Soninké et du Wolof, en intégrant de nouveaux concepts qui traduisent et expriment le respect de la dignité humaine.
Ce qui implique, la suppression progressive des termes stigmatisants, dégradants voire insultants dans l’usage quotidien de nos langues. Ce qui nous amènera à corriger, à changer une bonne partie du vocabulaire pour parler des enfants, des femmes, des franges vulnérables, des démunis, des personnes vivant avec un handicap, ou d’origine servile etc. Voilà quelques pistes à explorer pour aller dans le sens de ma réflexion.
En clair, il s’agit d’adapter notre façon de désigner, de nommer les choses avec des concepts nouveaux, en phase avec notre époque et en harmonie avec les problématiques du genre, des droits humains, etc. C’est une question de dignité et une volonté de « réhabilitation sociale », de tordre le cou aux idées reçues, héritées d’un ordre social révolu.
Cet aspect de la promotion des langues nationales ne semble intéresser personne. Or, c’est par là que tout doit commencer pour débarrasser nos langues des dogmes porteurs d’inégalités. Ce travail doit être porté par les associations et organisations pour la promotion des langues nationales, les linguistes et les intellectuels.
« L’essentiel de l’action des politiques passe par le discours […] le discours politique, loin d’être un épiphénomène de la politique, pourrait donc, à l’inverse, être finalement le tout de l’activité politique des hommes politiques. » Cette assertion d’Elderman sied bien à la transition en cours en République du Mali. En effet, au cours de ces trois dernières années, nous assistons à l’usage, et cela de manière harmonieuse telle une chorale, des certains mots ou expressions par les autorités de transition. Loin d’être que du verbe, ces mots permettent en réalité au gouvernement de diriger le pays en ayant l’adhésion d’une bonne partie de la population jusqu’ici. Cet article vise à édifier l’opinion publique sur comment des mots ou expressions comme : rectification ; abandon en plein vol ; souveraineté retrouvée ; l’art de se dribler tout en gardant le ballon ; A bon entendeur tant pis ! ; clarification ont permis à la transition de diriger le pays en ayant une relative popularité. Aussi, posons-nous la question des limites de ce qu’on pourrait appeler une gouvernance rhétorique. Pour mieux édifier le lecteur, chaque mot ou expression sera placé dans son contexte spatio-temporel. Cela permet de mobiliser les circonstances de production ainsi que les effets politiques subséquents.
~ Rectification Nous sommes en mai 2021, après un séjour à Paris, hasard de calendrier ou non, le président de la transition d’alors, Bah N’DAW a procédé à un remaniement du gouvernement. Deux poids lourds du CNSP à savoir Sadio CAMARA et Modibo KONE sont éjectés. Il n’aura fallu que quelques heures pour que le colonel Assimi Goita, à l’époque vice-président, ne fasse arrêter Bah N’Daw et son premier ministre. Désormais seul maitre à bord, il prête serment le 07 juin 2021 et nomme dans la foulée Choguel Maiga, président du comité stratégique du M5-RFP, comme premier ministre. Débute alors la rectification de la trajectoire de la transition (pour être plus complet). Ce mot sera employé dans tous les discours officiels pour expliquer voire justifier les événements de mai 2021. Mais en regardant de près, on constate que ce mot relève de ce qu’on appelle la présupposition en analyse du discours. En effet, on rectifie une erreur, une faute. C’est donc une manière subtile de dire que la première partie de la transition—qui va d’aout 2020 à mai 2021—a été marquée par la mauvaise gouvernance. Il faut également souligner que le M5-RFP, considéré comme le mouvement à l’origine du soulèvement contre le régime IBK, a été écarté des sphères du pouvoir sur cette période. Le mot rectification pourrait également signifier que cette « erreur » est corrigée. En tout état de cause, l’opinion publique malienne a semblé bien accueillir cette rectification puisque des décisions majeures seront prises sur plusieurs plans notamment sécuritaires.
~ Abandon en plein vol Lors de la 76è session de l’assemblée générale des Nations Unies, la voix du Mali sera portée par le premier ministre Choguel Kokalla MAIGA. Dans un discours qui restera l’un des moments forts de la transition, Choguel accusera la France d’abandon en plein vol. Il faut dire que les relations entre les deux pays n’étaient plus au beau fixe depuis l’avènement de la rectification. Quelques mois plus tard, les troupes françaises, qui interviennent au Mali depuis 2013, ont été contraintes de quitter le pays. Ce pays ayant décidé de coopérer avec la Russie. Voilà le contexte spatio-temporel. Sur le plan rhétorique, nous avons là un exemple de « petite phrase » construit à l’aide de métaphore aéronautique. L’efficacité rhétorique des petites phrases réside dans le fait qu’elles sont reprises assez facilement par les médias, ce qui permet de faire une large diffusion. Conséquence, un discours de près d’une heure est résumé à une seule expression. Cependant, la portée n’en demeure pas moins importante. En effet, c’était l’une des rares fois qu’un responsable malien de haut niveau s’exprime ainsi sur la France et de surcroit à la tribune de l’ONU, haut lieu de la diplomatie mondiale. Certains salueront le « courage politique » du premier ministre. Cette petite phrase sonnera le glas de la courtoisie diplomatique entre le Mali et la France. Mais ce ne sera pas la seule brouille diplomatique.
~ Souveraineté retrouvée Après la rectification, le gouvernement de transition a initié les assises nationales de la refondation de l’Etat. A l’issue de ces travaux, le chronogramme préalablement établi en accord avec la CEDEAO (qui fixait la durée de la transition à 18 mois) a été abandonné. En lieu et place, le gouvernement proposera une transition de cinq ans. Dès lors, commence un véritable bras de fer avec la CEDEAO. Lors d’un sommet ordinaire le 09 janvier 2022, des sanctions d’une rare gravité ont été prises contre le Mali. Le vendredi 14 janvier, une grande manifestation était organisée à Bamako et dans les capitales régionales à l’appel des autorités. Les sanctions dureront huit mois. Ainsi, pour saluer cette mobilisation du peuple malien, la date du 14 janvier fut retenue comme journée de la souveraineté retrouvée. Voilà le contexte. Dans un article publié en janvier 2023, nous soulignions le caractère contradictoire entre le 14 janvier (journée de souveraineté retrouvée) et le 22 septembre (fête de l’indépendance). Nous évoquions alors une confusion sémantique aux conséquences politiques floues. En effet, souveraineté retrouvée suppose que le Mali avait perdu sa souveraineté. Si tel est le cas, doit-on toujours célébrer la date du 22 septembre ? Mais au fond, l’usage de cette expression permet aux autorités de transition de s’afficher comme les « véritables » défenseurs contre la soumission ou la domination. Il faut dire que ce narratif a un écho favorable au sein de l’opinion publique.
~ L’art de se dribler tout en gardant le ballon On retourne à la tribune des Nations Unies. A la faveur de la 77e session de l’assemblée générale, le colonel Abdoulaye, premier ministre par intérim, connu pour sa rhétorique provocatrice, portera la voix de notre pays. Cette intervention se passe en pleine crise avec la Cote d’Ivoire suite à l’arrestation de 49 « mercenaires » ou « missionnaires » ivoiriens à l’aéroport de Bamako. Auparavant, la Côte d’Ivoire était en première ligne lors de l’adoption des sanctions contre le Mali. Ces circonstances aggravantes n’étaient pas de nature à apaiser la situation. Faisant fi de tout protocole diplomatique, le colonel Abdoulaye Maiga, en référence au 3e mandat d’Alassane Ouattara, dira que c’est l’art de se dribler tout en gardant le ballon.
Là encore nous avons affaire à une petite phrase construite par la métaphore footballistique. Comme on pouvait s’y attendre, elle sera reprise par les médias mais aussi par des internautes. Si la Côte d’Ivoire ne réagit pas officiellement, nul doute que cette petite phrase a contribué à dégrader les relations entre les deux pays voisins. Le même Abdoulaye MAIGA revient à la charge à la 79e session de l’ONU mais cette voici contre l’Algérie. En effet, depuis la reprise de la ville de Kidal par le Mali en novembre 2023, les ex rebelles de la CMA ont élu domicile en Algérie. Cette situation a conduit notamment à la dénonciation de l’accord d’Alger signé en 2015 et dont l’Algérie était en quelque sorte le parrain. Autant de facteurs qui ont contribué refroidir les relations entre les deux pays. Ainsi, à la tribune de l’ONU, le Colonel MAIGA rappellera que l’accord d’Alger est bien mort qu’en bon entendeur tant pis ! Ici il y a la transposition d’une expression commune, avec une connotation positive, « en bon entendeur salut !» qui exprime un conseil, par une expression pour le moins sarcastique.
~ Les limites de la gouvernance rhétorique Comme nous l’avons vu tout au long de l’article, le gouvernement de transition s’appuie sur un certain nombre de mots ou expressions pour diriger. Et il faut dire que cela leur a réussi plus au moins jusqu’ici (ici nous parlons d’opinion favorable). Mais à mesure que la transition se prolonge, on assiste à une certaine fatigue de la gouvernance rhétorique. En effet, bien que l’essentiel de l’activité politique passe par le discours, ces discours doivent être suivis d’effet d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’énoncés performatifs dans les exemples que nous avons cités dans cet article. La particularité des énoncés performatifs et que leur seule énonciation suffit pour accomplir l’acte. Mais tel n’est pas le cas ici. C’est peut-être pourquoi le premier ministre Choguel MAIGA parle de clarification…
Brehima SIDIBE, Doctorant en Analyse du discours politique
~~~Notre Rubrique Le GEB vous revient avec l’interview de Madame Sarafina KANE, une franco-mauritanienne. Elle a répondu à nos questions, au menu, ses expériences de militante associative et d’entrepreneure. Également, d’autres thématiques ont été abordées comme l’engagement de la diaspora, la politique en Mauritanie et le panafricanisme. Nos remerciements à elle pour sa disponibilité.
Ci-dessous l’intégralité de l’interview :
● Question 1 : Bonjour Madame Kane, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Sarafina KANE : Bonjour Monsieur Soumaré, je tenais avant tout à vous remercier de l’intérêt porté à ma personne. Je suis mauritanienne vivant en Europe depuis de nombreuses années, arrivée en France à l’âge de 6 ans. Je me définis en tant qu’humaniste engagée en faveur de la justice sociale et des droits de tout citoyen avoir une vie digne et meilleure Je suis la fondatrice du premier incubateur féminin en Mauritanie Rendo women entrepreneurship. Et Présentatrice de « ESPRIT EBENE » au sein d’ADN (Africa Diaspora News) depuis 2015, une émission qui valorise le rôle de la femme de la DIASPORA
● Question 2 : Dans quel domaine particulier aviez-vous investi comme entrepreneure et militante associative ?
SK : Je milite dans le monde associatif depuis plus de 10 ans. En 2007 j’ai dirigé l’association des étudiants mauritaniens de Rouen, nous avons avec les étudiants internationaux de Normandie co-fondé le COLLASUR (Le collectif des étudiants internationaux). Également j’ai été élue au Conseil d’Administration de L’université de Rouen et du Forim qui est une plateforme nationale qui réunit des réseaux, des fédérations et des regroupements d’Organisations de Solidarité Internationale issues des migrations. Avant de fonder DIASPORA RIM (Réseau des Jeunes Mauritaniens de la Diaspora). Dix ans plus tard je crée la première plateforme dédiée exclusivement aux femmes en Mauritanie, RENDO Women Entrepreneurship. Elle avait pour but l’accompagnement à l’insertion socio-professionnelle par une activité économique. La même année j’ai organisé un événement à l’IFM (institut français de Mauritanie) intitulé « entreprendre au Féminin » réunissant plus de 300 personnes parmi lesquelles des femmes de la société civile mauritanienne, politiques, entrepreneures et le collectif des femmes migrantes. Le but de cette activité était la promotion l’entrepreneuriat féminin, la découverte des parcours semés d’embuches de certaines femmes, la réflexion sur l’autonomisation de la femme et les différents modes de financements. À la suite de cette aventure, je me suis lancée le défi de créer le premier concours d’entrepreneuriat féminin sans budget, sans financement privés et sans subventions. La réalisation de ce projet n’aura pas été possible sans l’aide de personnes de bonne volonté : L’hôtel monotel m’a offert gracieusement le lieu, l’association des anciens étudiants de la diaspora ont cotisé pour me soutenir et l’agence Butterfly. Cette action a permis la découverte des jeunes femmes de Talent comme Kadio Niang de Solar ecobar et Marieme Sall avec son projet de « Farine enrichie bio » pour lutter contre la malnutrition. Cet événement a été un succès et le premier vers de nouveaux projets : comme la création d’une épicerie sociale et solidaire à PK. Cette épicerie s’est inspirée des restos du cœur, elle avait pour objet de vendre des produits à bas prix à un public plus vulnérables, la promotion de la production locale et enfin la mise à disposition d’une boutique solidaire permettant aux commerçantes d’y exposer leurs produits à la vente. Nous avons également organisé des ateliers de coutures en partenariat avec le collectif des femmes elbeuviennes, le partenariat avec l’association Solidarités actions valeurs Environnement pour la mise en place du projet d’insertion par la couture de 10 femmes dans les quartiers QPV par la confection des produits hygiéniques bio et réutilisables afin de les distribuer aux femmes et aux jeunes filles aux revenus modestes. Nous avons distribué des serviettes hygiéniques aux femmes détenues au centre pénitenciers de Nouakchott en Mauritanie. RENDO a également organisé des ateliers d’initiation en informatique, des ateliers CV et recherche d’emploi et des formations à destination des professionnels de l’action sociale et des bénévoles dispensées par le GRDR. En 2020, j’ai malheureusement fermé l’épicerie solidaire à cause d’une mauvaise gestion et de manque de moyens financiers. Par la même occasion j’ai décidé de dissoudre RENDO en tant qu’association. Vous savez pendant plusieurs années j’ai dénoncé et condamné la personnalisation des associations ou des mouvements. On constate en Mauritanie des associations ou mouvements politiques qui sont dirigés par des président.e.s à vie, aucune alternance ni aucun renouvellement. Lorsqu’on parlait de Rendo, on pensait automatiquement à ma personne, alors qu’une équipe était aussi derrière le succès de nos évènements. J’ai fini par devenir les personnes que je critiquais et je suis tombée dans le piège tendu par l’environnement mauritanien. D’autres parts, il est difficile de gérer une association ou une entreprise lorsque vous êtes une militante de l’opposition. Lorsque vos ennemis voudront vous atteindre e ils passeront par votre structure, d’ailleurs c’est ce qui m’est arrivé. Rendo n’a jamais bénéficié de subventions publiques mauritaniennes et pourtant j’ai fait l’objet d’accusations de la part de personnes malveillantes ou pro Actuel président Ould Gazouani, que Rendo aurait reçu des financements pour critiquer le président actuel. N’ayant jamais rencontré l’ancien Président Ould Abdel Aziz ni le Président actuel, ces accusations étaient d’une lâche offense à notre réputation. Le monde associatif reste pour moi pire que le monde de l’entreprise car nous faisons souvent face à des individus qui ont des ambitions cachées soit politiques ou financières. Pour le moment RENDO est en sommeil, je me recentre et concentre sur la gestion de mes projets personnels et professionnels.
● Question 3 : De par votre expérience, quels sont vos constats et analyses sur les diasporas mauritaniennes en France et leurs activités associatives et professionnelles ? Atouts et manquements à combler ?
SK : La Diaspora crée souvent des espaces de réflexion, de pression de l’extérieur et de débats tels que les conférences mais aussi des actions de contestation comme les manifestations devant les instances dirigeantes (ambassades, services consulaires). Cependant malgré le fait que la diaspora Mauritanienne soit organisée en association ou en mouvements politiques, elle reste néanmoins dispersée, désorganisée et peu solidaire. La diaspora mauritanienne a joué et continue de jouer un rôle important dans les efforts du développement en Mauritanie. On associe souvent la diaspora à une mission uniquement économique à travers le transfert d’argent à leurs familles, mais elle est également à l’origine de transfert de compétences, ainsi qu’à des innovations sociales et culturelles importantes. Elle essaie de s’impliquer à distance dans les initiatives locales, en politique malgré l’instabilité politique. Mais peut-on dire que la diaspora Mauritanienne est unie ? Ma réponse est non. Nous sommes non seulement disséminés mais la confiance au sein même de nos organisations est aux abonnés absents. Les associations et mouvements politique s’essoufflent, souvent dirigés par nos ainés ou des personnalités qui s’estiment avoir plus de légitimité d’agir que d’autres ou que la jeunesse du fait de leur histoire ou de leur vécu. Cet état de fait crée une stagnation voire une disparition de ces mouvements. Nous faisons face également à une répétition des actions, pas de renouveau, pas d’innovations et pas d’actions conséquentes ni pérennes. Nous sommes tous conscients que la solution aux difficultés que rencontrent les mauritaniens ne viendra pas de l’Etat mauritanien, pour y remédier nos seuls moyens de pression sont les contestations par les manifestations, les articles de presses, les tweets sur les réseaux sociaux. Mais le constat est général, toutes ces actions ont à long terme aucun effet sur les problématiques que nous rencontrons. Nous ne disposons pas de fonds propres de financement des initiatives de la diaspora, de plateforme commune de réflexions, d’actions sociales et concrètes à destination de nos localités et villages respectifs. La diaspora doit se réorganiser et se rendre compte de la situation grave dans laquelle nous vivons. Nous devons avoir davantage une conscience politique et citoyenne.
● Question 4 : quelles analyses faites-vous de la situation politique mauritanienne actuelle notamment après l’épisode mouvementé de l’élection présidentielle du 29 juin dernier ?
SK : Il y a une grande déception vis-à-vis de l’état mais aussi du camp de l’opposition mauritanienne. Pendant des décennies l’opposition mauritanienne est tombée dans le piège tendu par le système mauritanien. J’aimerais mettre en évidence plusieurs éléments : Les responsables politiques des mouvements étaient conscients que les élections du 29 juin ne respectaient pas le jeu de la démocratie. Certains membres de la diaspora se sont vus privés du droit de vote en raison de l’absence des bureaux de vote dans leurs pays de résidence. Des personnes se sont déplacées au bureau de vote et se sont vues refuser de voter car d’autres personnes auraient voté à leurs places. Pourtant l’opposition était consciente de cela avant même de participer à cette mascarade électorale. Nous avons également vu des « leaders politiques » abandonner leurs partis et mouvements respectifs pour soutenir des candidats soi-disant de l’opposition mais qui avaient des ambitions à peine cachées à la solde du système mauritanien et dont le rôle n’était ni plus ni moins que de disperser les voies de la véritable opposition. D’ailleurs leurs comportements après l’élection ont donné raison aux rumeurs car certains n’ont pas hésité à s’aligner expressément vers le Président sortant réélu. Mais l’élément le plus marquant reste ces graves incidents post-électoraux. Certains membres de l’opposition ont joué la carte de la manipulation politique en contestant les élections sans apporter aucune preuve mais surtout aucune action concrète de contestation n’a été mise en œuvre Des individus irresponsables ont appelé des jeunes à manifester et contester les résultats. Les conséquences de ces actions ont causé la mort des jeunes innocents, tués par des policiers ou des gendarmes. Pour moi ces individus sont tout aussi responsables de la mort de ces jeunes que l’appareil de l’état qui s’est transformé en milice, n’hésitant pas à tirer sur sa propre jeunesse. On ne peut mener une lutte ou des combats par « procuration ». Aujourd’hui ces jeunes sont morts « pour rien », à part demander aux gens de changer leurs photos de profil et faire des débats inutiles sur les réseaux sociaux, aucune action concrète n’est sortie de ces évènements. Nous ne tirons pas des leçons de notre passé. Depuis des décennies des jeunes sont menés à l’abattoir pendant que d’autres « milices du clavier » et perroquets du net continuent de les mener au front à leur place. Ce que je dis ne plaira certes pas, mais j’ai encore la liberté de penser et d’écrire ce que je pense. Quant à l’appareil de l’Etat rien de nouveau à l’horizon, nous faisons face à une continuité de la politique de notre ancien Président. L’ancien président Ould Abel Aziz est actuellement emprisonné pour détournement de biens publics, mais le Président recycle les mêmes individus qui ont travaillé et collaboré avec l’ancien président, où est la logique ? L’appareil de l’Etat est dans la continuité de la politique menée depuis de nombreuses années qui est celle de la manipulation, de l’abrutissement et de l’appauvrissement d’une partie de la population du pays. En 2024 plus de 20000 jeunes mauritaniens ont quitté le pays pour rechercher un avenir meilleur aux USA via le Nicaragua, cet événement démontre de la situation alarmante et d’un avenir sombre de notre pays. Aucune volonté politique d’amélioration des conditions de vie du peuple qui fait face à des difficultés d’accès à l’eau. Ce qui est quand même un minimum vital, à l’accès à l’emploi et à l’accès à une bonne éducation. Nous constatons la baisse du pouvoir d’achat des familles, une recrudescence de la délinquance et de la criminalité et une détérioration continue du système éducatif (moins de 8% d’admis au baccalauréat depuis plusieurs années).
● Question 5 : Ces dernières années, un regain panafricaniste s’est manifesté sur notre continent (L’Afrique), quelles analyses faites-vous d’éventuelles retombées à court et long terme ?
SK : Pendant des décennies l’Afrique a rêvé du panafricanisme sans pouvoir atteindre cette « utopie ». L’idée quasi morte refait surface depuis ces dernières années et redonne à l’Afrique l’espoir d’une unification du continent autour de projets communs. Beaucoup d’intellectuel africains aspirent à une monnaie commune ou d’un passeport africain comme pour faciliter le commerce intra régional et la libre circulation des biens et des personnes. Nous avons déjà des initiatives qui sont nées comme « le passeport cémac » qui a eu pour conséquence la suppression des visas pour 6 états africains. Ou encore la décision de l’État Rwandais de supprimer les visas pour les pays africains et la création de confédération entre différents pays afin de faciliter la réussite individuelle et collective des Etats membres. A long terme toutes ces initiatives vont créer des effets de contagion des autres pays africains qui sont de plus en plus conscients de l’importance de la création d’un Etat fédéral de l’Afrique.
En décrétant, chaque 25 septembre, journée Internationale de la langue Soninké, l’UNESCO envoie un message fort aux Soninké. Message que beaucoup d’entre nous ne cherchent pas à décrypter, à en comprendre la signification et l’implication profondes, pas à cause de la ferveur et l’enthousiasme que suscite l’événement.
Il est tout à fait normal de jubiler, de célébrer cette journée exceptionnelle et historique, qui honore une communauté, un peuple, une culture, un patrimoine et une langue. Et dans cette commémoration, il faut associer tous ceux qui parlent Soninké sans être Soninké culturellement, tous les Africains et tous ceux qui aiment les langues du monde. Cette reconnaissance est une satisfaction pour tout ce monde, chacun y trouve sa part de bonheur.
Il y a maintenant, le non dit de cette distinction accordée à la langue Soninké
Cette consécration de la langue Soninké par l’UNESCO, est une invite à la recherche sur notre langue, notre culture etc., en vue de mieux la « vulgariser », mieux l’étudier, la comprendre et la développer. Par cette reconnaissance, l’UNESCO lance un message aux Soninké que la langue Soninké, comme toutes les langues du monde, ne sont pas figées. Idem pour la culture. Ceci étant, l’UNESCO dit de manière à peine voilée aux partisans de l’immobilisme social que rien n’est statique.
La langue et la culture sont par essence dynamiques. Les changements tant redoutés par certains dans le Soninkara, sont consubstantiels à la culture. La culture fonctionne un peu comme, certains animaux qui font des mues, non pas par fantaisie ou par simple plaisir : cela s’appelle de l’adaptabilité ou de la résilience.
En clair, toute culture qui ne peut s’adapter, en intégrant la dynamique endogène et exogène est appelée à mourir. Laissez la culture et la langue Soninké s’exprimer librement, ne lui imposez pas votre diktat ou primes passéistes. Elles sont suffisamment mûres, intelligentes et capables de se défendre.
Cela dit, quelque part, l’UNESCO encourage et met au défi les Soninké à accepter que la dynamique est un critère de vitalité, de créativité et même d’ingéniosité d’une langue. En effet, la langue est comme un fleuve qui charrie la culture ( les cultures), pour lui (leur) permettre de se développer, de prospérer, et de s’affirmer. L’immobilisme social est donc l’ennemi mortel de la langue et partant de la culture. Laissez-nous vivre, nous épanouir et être en phase avec la philosophie de notre époque, sans bien sûr nous compromettre. C’est possible !
L’autre message sous-entendu de l’UNESCO, le Soninké en tant que langue devient un patrimoine pour tous les hommes (l’humanité). Il cesse d’être la seule propriété de ses locuteurs natifs. Aussi, cette reconnaissance par l’UNESCO nous oblige-t-elle à changer notre regard sur la langue Soninké, qui cesse d’être réduite à une simple fonction vernaculaire.
Dès lors, les Soninké sont invités à accepter l’ouverture, vaincre notre autarcie habituelle, méfiance ou condescendance vis-à-vis des autres, pour favoriser le dialogue des cultures et des langues : le métissage.
Jusque-là, la plupart des travaux de recherche sur la société Soninké – nous ne sommes pas les seuls -, ont pour vocation d’affirmer la richesse et la grandeur historique, patrimoniale, linguistique, morale et sociale de notre société. Une espèce de littérature dithyrambique ou « griotique » de grande facture intellectuelle, certes mais péchant par un narcissisme culturel. Ces ouvrages sont surtout descriptifs, monographiques, comparatifs, archéologiques et s’évertuent à une affirmation culturelle de la personnalité et d’identité Soninké.
La grande Histoire du peuple Soninké, magnifiée et symbolisée par l’empire du Wagadu, chevauchant entre histoire, légende et mythe est irréfutable. Nous y avions lancé toutes nos forces, et continuons d’y investir. Cependant à trop vouloir regarder derrière, en idéalisant le passé, nous risquons de perdre le présent et l’avenir. Le passé doit nous servir à aller de l’avant et non pas à nous diviser, ou couper le souffle.
A titre d’exemple, la solidarité légendaire, l’hospitalité, le dévouement au travail, la fidélité à toute épreuve, sont autant de valeurs Soninké, qui méritent d’être entretenues, perpétuées, mais améliorées et ajustées pour être en cohérence avec les nouvelles réalités de notre époque. D’ailleurs, ces différentes valeurs connaissent de nos jours quelques petits « grincements », à cause des nouveaux enjeux et dynamiques que connaît la société.
La rupture, c’est intégrer la critique
Une rupture méthodologique serait intéressante, et audacieuse afin de changer de paradigme, en orientant les travaux de recherche scientifique Soninké sur les tares de la société Soninké. Le temps est venu d’accorder plus d’intérêt aux problèmes, aux défis et aux écueils de notre société. C’est une saignée curative, qui fait mal mais elle est nécessaire pour éviter l’éternelle autoglorification : immodestie sans fin.
Il n’y a point de progrès social et économique en dehors de la critique. La critique est toujours constructive, tout dépend de la perception qu’on en fait. Un Soninké qui met à nu les pratiques sociales et mentalités rétrogrades fait œuvre utile, comme un médecin qui soigne un corps malade. La critique est une thérapie. Une éducation à la critique est nécessaire dans la plupart de nos sociétés, où on se plaît à critiquer l’autre, alors que l’autocritique, la critique des siens, est perçue comme une traîtrise, voire un crime de lèse-majesté.
Et pourtant, le dramaturge, Moussa Diagana, dans La légende du Wagadu vue par Sia Yatabere, a donné le ton, en ouvrant la voie à une compréhension, à une analyse philosophique et critique de la légende, en s’affranchissant de la légende racontée dans sa version populaire. Le dramaturge et sociologue n’a décidément pas été compris, en opposant à la version officielle et politique de la Légende du Wagadu, celle de la victime, Siya yatabaré.
Les intellectuels Soninké doivent vaincre la peur d’être jugé par la société, en orientant leurs travaux de recherche sur des sujets et questions existentiels, touchant les fondements de la société Soninké, en rapport avec les réalités de l’heure, le vécu etc. Désormais, l’intérêt doit être accordé, entre autres aux rapport entre traditions Soninké et citoyenneté ; traditions Soninké et droits de l’homme, droit des femmes, droit de l’enfant, des personnes vivant avec un handicap ; Islam et traditions Soninké : l’esclavage coutumier est-il encore défendable, soutenable ?
S’y ajoutent : les problématiques liées à l’émigration clandestine, à l’émigration, au désintérêt grandissant de la jeunesse Soninké pour les études, la formation professionnelle et à l’entrepreneuriat, les Soninké face à la désertification, la destruction progressive de la cellule familiale Soninké, les mariages endogamiques, la jeunesse et les substances psychotropes etc.
Autant de sujets qui touchent directement notre vécu. Cependant, cette nouvelle orientation épistémologique exige un regard critique, une prise de distance pour mieux analyser, diagnostiquer, voire une indépendance d’esprit des intellectuels par rapport à eux-mêmes, à la société et aux autres pesanteurs socio-culturelles et politiques.
Ce Grand Oral du militant droit-de-l’hommiste et abolitionniste M. Baliou Mamayary Coulibaly à l’occasion de l’événement de l’association Ganbanaaxu fedde mauritanie (8 septembre 2024 à Nouakchott) peut donner pertinente substance au législateur mauritanien afin de caractériser et de nommer juridiquement l’esclavage par ascendance dans le pays. Le narratif fourre-tout « esclavage », « lutte contre l’esclavage » ou « séquelles d’esclavage » est souvent très trompeur. Les dires sur la problématique permettent beaucoup de confusion qui bénéficie aux mentalités esclavagistes et féodales dans nos milieux. Ainsi, le législateur doit intégrer courageusement une nette distinction sémantique pour embrasser efficacement les réalités visées. L’esclavage par ascendance est une tare insérée et « entretenue » dans les structures segmentaires de nos différentes communautés toutes confondues malheureusement. Une juridiction spécialisée contre l’esclavage aura du mal à objectiver et traiter des faits liés à l’esclavage coutumier ou par ascendance, et les mentalités féodalo-esclavagistes sont bien conscientes de cette donnée et on peut supposer même que c’est une belle couverture pour leur survie. On ne peut pas défaire ou extirper l’esclavage par ascendance par la loi sans le nommer et le différencier dans le puzzle sociétal de nos communautés sociolinguistiques. Par exemple du côté malien, depuis quelques années les autorités tiennent un langage beaucoup plus pertinent pour nommer les réalités observées. En Mauritanie, les lois sont nombreuses mais elles esquivent les réalités dans bien des cas, et donc pas d’efficacité pour résoudre les problèmes qui en découlent. Soyons honnêtes avec notre conscience, l’esclavage par ascendance est généré par une certaine norme coutumière (social, politique et religieux) qui sévit par le système de castes dans nos différentes sociétés. L’égalité citoyenne clamée et réclamée n’aura de contenu réel sans passer par une véritable réforme au cœur de nos communautés d’abord. Nous avons un régime des cadets sociaux coincé dans nos réalités sociales et communautaires, et seule une sérieuse émancipation sociale et politique intra-communautaire encouragée et accompagnée enclenchera le changement tant prôné. Le législateur mauritanien doit aller plus loin en nommant les maux et adapter les textes en conséquence. C’est une problématique trans-communautaire, et ici un élément médiatique illustratif https://fb.watch/pdjZrdHx7N/
Boubou BA, est docteur en droit de l’Université Paris-Nanterre et juriste au tribunal judiciaire de Pontoise-France. Titulaire d’un Master 2 en droit pénal et procédure pénale de l’Université Paris-Nanterre. Il obtient par la suite un Master 2 en Anthropologie du droit de l’Université Panthéon-Sorbonne Paris-1 et un DU (Diplôme Universitaire) des modes amiables de résolution des différends de l’Université Paris-Nanterre. En novembre 2022, il a soutenu sa thèse de doctorat avec succès consacrée sur : Les modes alternatifs de règlement des conflits en Mauritanie : regard anthropologique et juridique, sous la direction de Madame le professeur Soazick KERNEIS, de l’Université Paris-Nanterre et directrice du centre de recherche (CHAD). Cet ouvrage « offre d’une part, une analyse selon laquelle la justice en République islamique de Mauritanie est en faillite. Elle procède par un état des lieux de la justice et du droit en République islamique de Mauritanie depuis son accession à l’indépendance jusqu’à nos jours. Il en ressort que le système judiciaire mauritanien est le produit d’une interaction entre justice traditionnelle et justice moderne. Les structures judiciaires mises en place après les indépendances se situent entre droit positif français et droit autochtone. Le cadre global de ce système est marqué par une absence totale de volontés politiques de créer des institutions fortes . D’autre part, l’étude propose de soumettre à l’analyse l’idée selon laquelle les modes alternatifs de règlement des conflits sont une solution en partie à la crise de l’institution judiciaire. La nature pacificatrice de la justice traditionnelle en Mauritanie constitue un héritage culturel qui a facilité l’introduction récente des formes modernes de justice alternative. Une justice conçue comme une manifestation de la liberté contractuelle. L’approche contemporaine de la justice a permis au législateur mauritanien de marquer ces dernières années sa volonté de soutenir les MARC, qui constituent aujourd’hui un autre modèle de justice. Enfin, l’auteur propose des solutions de reformes adaptées aux problèmes identifiés en prenant en compte le contexte actuel de la Mauritanie ». Dr BA, a publié de nombreux articles scientifiques sur la Mauritanie dans des grandes revues de droit et participé à des ouvrages collectifs. Parmi ces publications nous pouvons citer entre autres : Les modes alternatifs de règlement des conflits dans le système juridictionnel mauritanien in faire justice dans les sociétés multiculturelles, revue, Les Cahiers de la justice/ENM Dalloz, 2021/1, PP. 37-50 ; La justice précoloniale en Mauritanie : entre coutume et charia islamique C. GAU-CABEE (dir), le métissage des droits en Afrique subsaharienne francophone. Regards croisés, CTHDIP, 2022, PP. 86-98 ; Pourquoi faut-il faire recours à l’arbitrage dans le règlement des litiges commerciaux en Mauritanie ? in revue trimestrielle de droit africain (penant) n°923, avril-juin 2023, PP.365-382. Aujourd’hui, il est membre associé au centre de recherche d’histoire et d’anthropologie du droit (CHAD) de l’université Paris10.
Moussa SOUMARE Directeur adjoint des relations avec la société civile au commissariat aux aux droits de l’homme, à l’action humanitaire et aux relations avec la société civile Nouakchott
La rubrique le Grand Entretien du BLOG vous revient avec un invité d’origine malienne, le doctorant Brehim SIDIBE. Également formateur en communication politique et acteur influent en France au sein de la diaspora du pays de Modibo Keita, M. SIDIBE nous expose pertinemment ses analyses en acceptant gentiment de répondre à l’intégralité de nos questions. Nos vifs remerciements à lui, et lui souhaitons une fructueuse continuation dans ses recherches doctorales ainsi que dans sa carrière professionnelle.
Ci-après l’entretien :
● Question 1 : Bonjour monsieur Sidibe, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis Brehima SIDIBE, je viens du Mali. Je prépare une thèse de Doctorat en Analyse du discours politique à CY Cergy Paris Université. Mes travaux de recherche portent sur l’analyse linguistique des discours politiques au Mali entre 2012 et 2022. Je pars d’une acception du discours politique qui inclut tout discours dont le contenu aborde le sujet de politique. Aussi, j’enseigne la communication politique à l’École politique africaine. En parallèle, je suis également actif dans le milieu associatif auprès de la communauté malienne de France. J’ai été président de l’Association des étudiants maliens d’Ile de France (AEMIF) entre 2020 et 2022. Après mon mandat à l’AEMIF, j’ai créé, avec d’autres camarades, le mouvement Forces Citoyennes pour la Jeunesse (FCJ). Il s’agit d’un mouvement qui regroupe les jeunes maliens et franco-maliens à travers différentes villes de France. Ce mouvement porte ma candidature à la présidence du Conseil National de la Jeunesse Malienne de France (CNJMF).
● Question 2 : Étant issu de la communauté soninké qui est très attirée par l’environnement migratoire à travers le monde notamment en France, quel est votre diagnostic sur la situation actuelle de ce phénomène ? (Avantages et inconvénients)
BS : En effet, la communauté Soninké est fortement présente ici France et cela depuis belle lurette. Nous en sommes à la troisième génération selon certains sociologues spécialistes des questions migratoires. On peut voir cette migration de différentes manières. D’abord, il faut dire que la volonté de quitter les pays d’origine (Mali, Sénégal, Mauritanie, Gambie…) résulte d’un constat commun à ces pays, et bien au-delà d’ailleurs, c’est le manque de perspectives pour les jeunes. En effet, qu’ils soient diplômés ou non, nombreux sont ceux qui sont “contraints” de partir dans l’espoir de retrouver une vie meilleure. Les avantages de la migration au sein de la communauté Soninké sont qu’il existe une réelle solidarité entre ceux qui partent à l’étranger en l’occurrence la France et ceux qui sont restés au pays. Reconnus pour leur sérieux, leur rigueur dans le travail, les soninkés se préoccupent toujours de la famille (au sens africain du terme) dans leurs pays d’origine. Dans de nombreuses contrées, les “parisiens” (surnom donné à ceux qui vivent en France qu’ils habitent à Paris ou non) se substituent même aux gouvernements en ce sens qu’ils construisent des châteaux d’eau ; des écoles ; des hôpitaux… Vu sous cet angle, on peut dire que l’immigration a des réels avantages. Toutefois, on ne peut s’empêcher de souligner les risques liés à cette immigration. En effet, on obtient de plus en plus difficilement le visa pour se rendre en France. Et pour corollaire, beaucoup choisissent d’affronter la méditerranée via des embarcations de fortune. S’ensuit donc de nombreuses pertes en vies humaines. Ce qui est fortement déplorable. Ainsi, il serait judicieux pour la communauté vivant en France d’opter davantage pour des investissements qui favorisent la création d’emplois dans les pays d’origine. Cela pourrait créer plus d’opportunités d’emplois et à terme permettre aux jeunes de rester sur place et travailler.
● Question 3 : Nous vous suivons régulièrement sur les supports virtuels RP Médias comme analyste, pouvez-vous nous exposer quelques points clés sur la situation politique et géopolitico-sécuritaire de votre pays (le Mali) et de la sous-région actuellement ?
BS : En effet, j’interviens assez régulièrement sur RP Médias. Il y a beaucoup de choses à dire sur la situation politique et géopolitique du Mali et de la sous-région mais je vais essayer d’être concis. D’abord il faut dire que nous assistons à un changement de paradigme au Mali depuis la “rectification de la trajectoire de la transition” intervenue après le renversement du président Bah Ndaw en mai 2021. Au plan politique, ce changement de paradigme se manifeste par l’abandon du calendrier électoral qui prévoyait initialement d’organiser les élections en février 2022. Plusieurs autres reports s’en sont suivis et à l’heure où je vous parle, aucune date n’est prévue pour les élections. Entre- temps, la classe politique a disparu des radars. Soit par faute de crédit au sein de l’opinion; soit par les mesures de restrictions prises par les autorités de Transition. Soulignons également l’adoption d’une nouvelle constitution en juillet 2023, instituant la IVe République. Mais l’opinion publique nationale et internationale aura surtout noté les changements sur les plans sécuritaire et géopolitique. En effet, les forces françaises qui étaient présentes au Mali depuis 2013 ont été sommées de quitter le territoire en 2022 et un an plus tard c’était au tour des casques bleus de la mission des Nations Unies de plier bagages. Ces décisions s’inscrivent dans la nouvelle doctrine des autorités maliennes, à savoir l’affirmation de la souveraineté. Un nouveau partenariat renforcé avec la Russie est établi. Alors que les pays occidentaux accusent le Mali de coopérer avec des mercenaires, les autorités maliennes affirment travailler avec des instructeurs russes. Ainsi, sur le plan sécuritaire, on constate une réelle accalmie. Les forces armées maliennes sont passées d’un mode opératoire défensif à un mode opératoire offensif. Les massacres de villages entiers ont cessé. Les terroristes ne s’attaquent plus directement aux camps militaires. Le point culminant de cette situation est la reprise de la ville de Kidal contrôlée depuis 2014 par les groupes indépendantistes de la CMA. Des équipements militaires adéquats sont mis à la disposition des FAMAs. S’il y a un point où tous les maliens semblent saluer l’action de la transition, c’est bien sur le plan sécuritaire. Néanmoins, la lutte contre le terrorisme étant une guerre asymétrique, beacoup restent à faire et la vigilance doit être de mise. Sur le plan géopolitique, les lignes ont fortement bougé ces derniers temps. Suite aux multiples reports du calendrier électoral évoqués plus haut, les relations entre le Mali et la CEDEAO se sont fortement dégradées. On se souvient des sanctions sévères prises à l’encontre du Mali en janvier 2022. Sanctions qui dureront huit mois. Dès lors, on semble franchir un point de non retour. Pour cause, en septembre 2023, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont créé l’Alliance des Etats du Sahel, AES.
● Question 4 : Pouvez-vous nous éclairer sur l’aspect institutionnel de l’AES (Alliance des États du Sahel) qu’on l’entend évoluer vers une confédération et ses frictions avec la Cédéao ?
BS : D’abord il faut dire que l’AES est une alliance de circonstances. Les trois pays qui la composent connaissent des situations similaires : des militaires à la tête du pays ; menace terroriste; bras de fer avec la CEDEAO. Cette situation a favorisé la création de l’AES en vue d’une mutualisation des efforts. La première version de la charte du Liptako-Gourma, qui a institué l’AES, met l’accent sur les volets sécuritaire et de défense. Cependant, quelques mois plus tard, d’autres aspects ont été ajoutés notamment la diplomatie et le développement. C’était à la faveur du sommet tenu à Niamey, au Niger, le 6 juillet 2024 et où l’annonce de la création d’une confédération a été faite. La confédération vise à donner une existence institutionnelle à l’AES tout en conservant la souveraineté des Etats. Sans surprise, la présidence tournante a été confiée à Assimi Goita du Mali, pays considéré comme la locomotive de l’AES. Quant aux sessions parlementaires, elles se tiendront au pays des hommes intègres. La confédération devrait aboutir à la fédération mais cela nécessite une réelle volonté politique des autorités des trois pays sans oublier la sensibilisation de l’opinion publique dans les trois Etats. Dans ce sens, on peut déjà voir quelques prémices à travers les journaux télévisés de 20h de ORTM, RTB, et RTN où une page AES est ouverte à chaque JT et qui couvre l’actualité des trois pays. Cependant, cette dynamique est subordonnée au maintien des trois présidents de transition. Rien ne garantit que la même dynamique va se poursuivre si l’un des trois chefs d’Etat devait quitter le pouvoir dans les deux ou trois prochaines années. Il va sans dire que la CEDEAO ne voit pas d’un bon œil la création de l’AES. En effet, le retrait annoncé en janvier 2024 devrait être effectif en janvier prochain. La CEDEAO perdrait alors un vaste territoire de plus de 2 millions de KM2. Et au vu de la dynamique actuelle, il faut dire que l’on se dirige vers cela. Malgré le changement de cap de la CEDEAO vis-à-vis des pays de l’AES, les autorités de ces pays ne semblent pas fléchir. Ce sera un véritable camouflet pour la CEDEAO qui fêtera ses 5O ans d’existence en 2025.
● Question 5 : La communauté soninké connaît une crise sociale latente liée à ce qu’on appelle « l’esclavage par ascendance », quelles seraient selon vous, des précautions efficientes pour recouvrer une certaine sérénité communautaire sans cette tare ?
BS : C’est une situation fortement déplorable. Voir qu’au 21è siècle une telle pratique humiliante et déshumanisante existe encore sous nos cieux est lamentable. Dans l’histoire de l’humanité, l’Homme noir est celui qui a tant soufert par l’esclavage. Des luttes ont été menées au long des siècles pour aboutir à l’abolition, comment comprendre qu’un homme noir puisse considérer son semblable comme esclave, fusse par ascendance? Dans la constitution des pays où l’on retrouve la communauté Soninké, la liberté de chaque individu est reconnue et nul ne doit être soumis à l’esclavage. Mais je pense qu’il faut renforcer davantage la législation. On a comme l’impression d’un silence coupable des autorités politiques et judiciaires parfois pour des calculs politiques. Les personnes reconnues par une telle pratique doivent être sévèrement punies. Pour cela, il faudra inclure même les incriminations verbales parmi les chefs d’accusation. La pédagogie et la sensibilisation ne sont pas des moyens de dissuasion à mon avis. Force doit rester à la loi.
● Question 6 : Ces dernières années, un regain panafricaniste s’est manifesté sur notre continent, quelles analyses faites-vous d’éventuelles retombées à court et long terme ?
BS : A la faveur des changements de régimes intervenus dans certains pays à travers l’Afrique, on assiste en effet au retour des discours au relent panafricaniste et souverainiste. Ces types de discours visent à affirmer l’indépendance totale de l’Afrique vis-à-vis des grandes puissances autrefois colonisatrices. Au-delà des autorités gouvernementales, certains activistes s’inscrivent également dans ce registre. Je pense notamment à Kémi SEBA. Cette affirmation panafricaniste est en soi une bonne chose. Mais il faut aller au-delà du discours. Le véritable panafricanisme doit d’abord permettre l’intégration des peuples africains, c’est-à-dire la libre circulation des personnes et des biens. Et le chantier prioritaire dans ce sens doit être la mise en œuvre effective de la ZLECAF. A long terme, cela pourrait avoir de réelles retombées économiques. Et pour terminer, à mon avis, le panafricanisme ne doit pas être compris comme une forme de rupture avec le reste du monde mais plutôt le respect et l’affirmation de l’Afrique au concert des nations.
En Mauritanie, l’esclavage et ses » dérivées », sont des réalités évidentes, mais peu assumées ou souvent niées, minimisée ou abordées avec beaucoup de mauvaise volonté. En vérité, sans être juriste, j’estime que la convocation des députés en session extraordinaire, le 04 septembre prochain pour discuter de plusieurs projets de lois, dont la création de tribunaux spécialisés de lutte contre l’esclavage, la traite des personnes et le trafic de migrants, n’a pas sa raison d’être.
Les tribunaux chargés de juger les crimes d’esclavage existent déjà depuis 2016, l’ère Ould Abdel Aziz : le décret 2016-002 du 1er janvier 2016, fixe le siège et le ressort territorial des cours criminelles spéciales en matière de lutte contre l’esclavage. Les observateurs s’interrogent, sur la pertinence et l’opportunité de ces juridictions d’autant plus qu’ elles ont jusqu’ ici brillé par inaction et inefficacité.
En effet, la lutte contre les injustices et les discriminations sociales est d’abord une question de volonté politique. Ce qui suppose l’exemplarité, comme dans le combat contre la corruption et autres comportements sulfureux .
Point besoin de nouveaux textes sur la question de l’esclavage, un fléau déjà élevé au rang de crime. C’est déjà le summum. Trop de lois tuent la loi. Il suffit juste d’appliquer les lois déjà existantes. Nous sommes dans une République, comme modèle politique et de gouvernement, il est évident que ce choix sous-entend : citoyens et de citoyenneté.
Dès lors, il suffit que nos dirigeants soient sincères pour s’attaquer aux stratifications sociales héritées, qui n’ont pas de place dans une république, et de surcroît islamique : » Tous les humains sont issus d’Adam qui a été créé d’argile. Il n’y a pas de différence entre un Arabe et un non Arabe, si ce n’est par la piété ». « Le plus honorable des hommes auprès d’Allah est le plus pieux ».
Faut-il le rappeler que dans une république, il ne peut y avoir de citoyens et de sous-citoyens. La citoyenneté, c’est d’abord l’égale dignité entre les populations ( les citoyens ), au-delà des origines et appartenances sociales, linguistiques etc., différentes et diverses. Ce qui importe est l’appartenance à une même nation (nationalité ).
L’esclavage se nourrit de l’impunité, de la pauvreté et de l’ignorance. L’Etat est à la fois garant de la justice, de la protection des personnes et de leurs biens et l’épanouissement de tous et de chacun, il dispose de tous les moyens pour faire respecter la loi. Comme, il sait le faire pour disperser les manifestations, et au besoin utiliser la force .
Les députés doivent comprendre que l’esclavage est plus facile à identifier et à combattre que ses « dérivées » : le féodalisme. Encore une fois, le débat stérile qui consiste à soutenir que l’esclavage est plus grave que le féodalisme n’a pas sa raison d’être. On ne compare pas deux maux, on les combat.
Le féodalisme est beaucoup plus subtile et perfide, du fait qu’ il s’exprime sous le manteau de la culture. Ce qui peut rendre complexe sa qualification juridique. Cependant avec la volonté tout est possible. Des juges professionnels, compétents et indépendants peuvent décoder, décrypter les agissements, comportements et expressions féodales dissimulées. C’est une question de dignité, de droit humain pour redorer l’image de la Mauritanie, et consolider la cohésion sociale.
👇🏿Photo d’illustration 📷 fake ou pas, par les échos diffus dans la communauté soninké du Guidimagha côté mauritanien ces temps-ci , un départ massif d’une ampleur inédite des jeunes gens (avec beaucoup de jeunes mamans, filles et fillettes) se fait vers la zone Europe. Concernant la masse masculine, il n’y a pas de grande nouveauté…
Source photo inconnue
Par contre, l’aspect lié à la gent féminine avec une forte jeunesse voire adolescente mérite un regard particulièrement interrogatif à l’ensemble de la communauté . Et si finalement, après plus de 60 ans des mouvements migratoires (résidences régulières et irrégulières, aller-retour,…) au monopole des hommes soninkés, cette gent féminine soninké compte faire une remontada dans le phénomène. Ainsi dire, l’actuel match avec un exode conséquent ou même une déportation volontaire d’une jeunesse voire une adolescence très féminine sur les chemins relativement facilités vers l’Europe, risque de bousculer dans l’avenir les équilibres familiaux et sociétaux dans les terroirs d’origine vidés.
Enfin, les ratés cachés, l’exhibitionnisme pompeux, les affichages bouffons, les arrogances mesquines, les inconséquences ridicules, les camouflages mensongers et d’autres travers… sont dévoilés par les masses féminines qui subissaient un narratif faussement enjoliveur et bluffant de très loin des réalités d’ailleurs vécues par les messieurs.
Par expérience, chaque vague de générations d’arrivés par décennie d’écart, ose raconter une partie de réalités peu reluisantes d’ici (aventures d’immigrés). Ainsi, le cycle faisant son chemin et y advenant le temps historique de réseaux sociaux sans frontières, le fruit du vide est mûr. Et les clichés joliment miroités largués « violemment » sur la face de ceux- celles qui restent aux villages, sont devenus caducs à terme d’une démystification aboutie aujourd’hui. Le rêve tant nourri d’avoir un prétendant francinké (émigré de france) à attendre au village, n’est plus un projet « QG » dans l’environnement socio-évolutif de toute jeune fille. À y ajouter l’écrasement polygamique bien problématique et ses difficiles conséquences dans les familles à long terme dans de nombreux cas, plusieurs digues cèdent peu à peu, les femmes ou bien les filles veulent être là où plusieurs décennies durant les messieurs laissent entendre et paraître avec une certaine cynique superficialité qu’on peut y tirer richesses et facilités. Elles ne partent pas pour fuir une faim ou un dénuement matériel grave, elles quittent ou on (certains parents et proches) les aide à quitter parce que le système qui tenait un certain nombre de mythes, est coincé à force du PARAÎTRE lourdement découvert et de soif de mobilité pour y ÊTRE soi-même pour de bon.
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