● Le Grand Entretien du BLOG | Avec la médecin généraliste Mme TRAORE Diamberé Barré.

~~~La rubrique Grand Entretien du BLOG vous propose l’interview accordée par la médecin généraliste Mme TRAORE Diamberé Coumba. Communément appelée Diamberé Barré dont le père (Barré TRAORE), originaire de Dafort (notre cousin et généreux hôte à Nouakchott) a été un responsable de la célèbre boutique d’Optique « Nouakchott Optique » dans le quartier de BMD. Formée à la médecine au Sénégal (UCAD), elle est une figure féminine ayant fait preuve d’une notable détermination dans son parcours d’étudiante menant à un haut accomplissement universitaire en devenant Docteure en Médecine.

À notre questionnaire d’interview soumis le 13 mars 2025, elle a gentiment honoré notre sollicitation en répondant succinctement nos 4 questions ci-après :

● Question 1 : Bonjour Dr Traoré Diamberé Coumba, merci d’avoir accepté notre interview. Pouvez-vous vous présenter sommairement à nos lecteurs ? (Parcours scolaire, académique et professionnel)

Diamberé TRAORE : Bonjour, je suis très honorée de participer à cette rubrique questions/réponses.
Tout d’abord, je me présente. Je m’appelle Diamberé Coumba TRAORE. Je suis soninké, née d’un père mauritanien et d’une mère sénégalaise.
Je suis née et grandis à Nouakchott. J’ai fait mon école primaire à la capitale 7, ensuite j’ai fait le collège et le lycée de jeunes filles de Nouakchott avant d’aller à la fac de Dakar, pour faire mon cursus de médecine à l’UCAD. Actuellement je suis médecin généraliste au centre hospitalier des spécialités de Nouakchott.

● Question 2 : vous avez fait preuve d’une patience louable et d’une grande détermination pour décrocher un diplôme de médecin généraliste, quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes étudiant.e.s dans leurs projets ?

DT : Mon conseil serait le même que j’ai donné à ma petite sœur lors de l’obtention de son baccalauréat.
Pour prétendre à l’excellence, il faut être capable de faire des sacrifices. Je dirais en trois mots : « passion, endurance et sacrifices ».
Quelle que soit la profession que vous voudriez exercer plus tard, vous devriez l’aimer avant tout. Prenez le temps de bien réfléchir à la filière que vous allez choisir.
Faites vos investigations, approchez les aînés et n’hésitez surtout pas à vous faire parrainer. C’est des choses qui vont vous aider à comprendre comment travailler, comment réussir vos examens etc.
De mon expérience personnelle, la médecine est une passion, une vocation, c’est depuis toute petite que j’ai voulu devenir médecin, c’était un rêve d’enfant.
Le cursus universitaire est diffèrent du lycée, car il y’a beaucoup plus de cours, les examens sont plus stressants et la plus part du temps vous êtes  livrés à vous-même, c’est trop de pressions pour les étudiants.
La question du logement pour ceux qui ont quitté leur ville ou leur pays, néanmoins, vous allez réussir inchallah avec plus de concentration, le travail acharné et la persévérance.
Je conseille aussi de trouver des loisirs tels que, le sport, la musique, la lecture etc, qui vont vous aider à échapper quand vous êtes trop stressés, c’est important.

● Question 3 : le 8 mars correspond annuellement à la Journée internationale des droits des femmes, quel commentaire faites-vous à propos de cet événement et ses objectifs dans notre pays ?

DT : La journée internationale de la femme est une occasion pour promouvoir et sensibiliser la population  (les soninkés en particulier) sur l’importance de l’éducation des jeunes filles. Les femmes sont les leaders de la communauté, car sans elles, on ne peut pas parler du développement.
Je dirais dans notre communauté, le droit de la femme commencerait par son droit à l’éducation. On a tendance à marier filles très jeunes à l’âge de 13-14 ans, alors que si on leur donne la chance de faire des études supérieures, ça sera un plus pour elles et dans leurs futur foyers, elles seront plus autonomes.
J’aimerais voir plus de femmes avocates, ingénieures, médecins, entrepreneuses etc.
On est en 2025, les mentalités doivent changer.
Sans oublier la lutte contre la violence faite aux femmes (pas que les féminicide).
Toute forme de violence, verbale, physique etc.
Tirer la sonnette d’alarme sur la violence domestique (celles qui sont battues par leurs propres conjoints). Nous voulons plus voir des femmes battues à mort par leurs maris, ça doit cesser.

● Question 4 : le phénomène migratoire est une problématique (notamment les départs massifs et périlleux via des embarcations vers l’Europe) qui touche particulièrement la communauté soninké, avez-vous quelques pistes de réflexion à l’endroit de la population concernée et des décideurs étatiques ?

DT : Le phénomène migratoire clandestin :
C’est une tragédie, tous ces jeunes gens qui disparaissent en mer dans l’espoir d’avoir une vie meilleure en Europe. Je tiens à présenter mes sincères condoléances à toutes les familles endeuillées.
Je pense que plusieurs facteurs doivent être pris en compte, si nous voulons lutter efficacement contre l’immigration clandestine :
Premièrement, le facteur environnemental, en général les jeunes migrants viennent des zones rurales (où la population locale vit grâce à l’agriculture et de l’élevage) du moins la majeure partie.
Ses dernières années, cette population est la plus touchée par le changement climatique : la saison des pluies qui diminue donnant naissance à la sècheresse ou parfois des inondations, ont impacté les récoltes et le bétail qui étaient à la base, leurs seules sources de revenus.
De ce fait, la plus part des villageois ont vu leurs vies basculées du jour au lendemain.
Ces évènements ont entrainé une véritable exode rural, mais aussi les conflits, la guerre, Alhamdoulilah tel n’est pas le cas de la Mauritanie mais d’autres pays de la sous-région sont touchés.
Tout ceci poussant les jeunes à l’immigration clandestine, et parfois ils sont victime de racisme, de maltraitance quand ils arrivent dans les grandes villes pour y gagner leur vie.
À mon avis des campagnes de sensibilisation sur les dangers de l’immigration clandestine doivent être organisées avec les responsables communautaires tels que les Imames, chefs de village etc.
Le gouvernement doit promouvoir l’agriculture et l’élevage en soutenant pas que financièrement sa population mais aussi organiser des ateliers sur l’agriculture et l’élevage, développer l’entreprenariat chez les jeunes.
C’est un schéma qui peut nous mener vers l’autosuffisance alimentaire.

Réalisé par KS pour le BLOG

● Ce qui s’est passé à Sélibaby…le jour où l’humanité s’est tue. | Par M. Souleymane Sidibé

Il est des scènes si violentes qu’elles suspendent le temps. Non pas le temps des horloges, mais celui, plus profond, de l’humain. Face à elles, les mots viennent lentement. Il faut du courage pour en parler. Une forme de dignité aussi.

Le 7 avril 2025, à Sélibaby, en Mauritanie, un homme a été exhumé, traîné, insulté, lapidé. Ce n’était plus un vivant. C’était un mort. Et même la mort, ici, ne protège plus.

Il ne s’agit pas d’un simple débordement. C’est un effondrement moral. Ce jour-là, quelque chose d’irréversible s’est produit : la dignité humaine a été écrasée sous les yeux de tous.

Le savant Cheikh Anta Diop disait : « La barbarie n’est pas le monopole d’un seul peuple. » Il avait raison. Ce que nous avons vu à Sélibaby n’est pas un fait divers, mais le symptôme d’un mal plus profond : une société rongée par la haine, la hiérarchie sociale, l’humiliation ordinaire.

Quand une société perd le respect de ses morts, elle perd tout : sa mémoire, sa dignité, sa part d’humanité. Ce n’est pas seulement un cadavre que l’on a traîné. C’est une civilisation que l’on a humiliée.

Hannah Arendt parlait de « la banalité du mal » : cette horreur née de l’obéissance, de l’indifférence. C’est cela, le plus effrayant : notre capacité à faire le mal sans même en avoir conscience.

Le sacré n’a plus de place. La honte ne freine plus. La douleur de l’autre n’émeut plus. Nous avons cessé de ressentir. De résister. C’est une guerre déclarée contre l’humain lui-même.

Ce drame doit nous pousser à interroger l’État. Ce qui s’est passé à Sélibaby va laisser une blessure collective, un sentiment d’abandon irréversible.

Le maire de la ville, Oumar Hammady dit Ama Ba, était incapable de faire quoi que ce soit face à une foule déchaînée. La force publique, pourtant présente, n’a pas bougé. Où est le droit quand ceux qui doivent le faire respecter détournent le regard ?

Ubi societas, ibi jus — là où il y a société, il doit y avoir du droit. Sinon, nous sommes livrés à la loi du plus fort. Le juriste Sadio Dapha posait la question suivante: « Les auteurs iront-ils en prison pour profanation de tombe, mutilation de cadavre ? » Quelle justice pourrait encore réparer cela ?

Les vidéos de cette profanation ne sont plus des alertes. Ce sont des preuves. Les archives d’un désastre moral. On ne les regarde plus pour comprendre, juste pour s’indigner… Et puis oublier ?

« L’enfer, c’est les autres. » Mais parfois, l’enfer, c’est nous. Ce que nous tolérons. Ce que nous taisons. Ce que nous laissons faire.

Sous la pression, les autorités ont lancé une enquête. Des responsables régionaux ont été suspendus. C’est un début. Mais cela suffit-il à réparer l’irréparable ?

Nous devons savoir que la barbarie n’est pas un accident. Cette barbarie-là, surtout, est un choix de société. Et aujourd’hui, des barbares vivent parmi nous. Ils parlent nos langues. Marchent dans nos rues. Mais ils n’ont plus rien d’humain.

Il y a des gens sans cœur, sans âme. Des êtres qu’on ne peut plus nommer. Et c’est peut-être là, le drame ultime.

𝐒𝐨𝐮𝐥𝐞𝐲𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐒𝐢𝐝𝐢𝐛𝐞́

● Mauritanie | Un après-midi très spécial pour moi : Une rencontre inspirante avec le doyen Mohamed Yahya Ould Ciré

Un savoir sûr est surtout une affaire d’information vraie et sourcée. J’ai eu l’honneur d’une rencontre auprès d’un éminent intellectuel tenant lieu d’une fructueuse source-ressource, en la personne de l’ancien diplomate mauritanien, Docteur Mohamed Yahya Ould Ciré. Notre première rencontre a eu lieu furtivement en 2013 lors d’une conférence qu’il avait co-animée avec le journaliste M. Seydi Moussa Camara à Massy. Et, nos échanges sporadiques ces derniers temps pour les préparatifs de son article https://ecrit-ose.blog/2025/01/01/%E2%97%8F-lesclavage-au-sein-de-la-communaute-soninke-en-mauritanie-analyse-des-resistances-et-des-discriminations-internes-par-dr-mohamed-yahya-ould-cire-a-h-m-e/, ont abouti à cette visite de courtoisie qui a été un grand moment studieux et inspirant pour moi. Très au fait de la substance historique et sociale des problématiques liées à l’esclavage en Mauritanie, l’homme est d’une grande générosité et d’ouverture pour converser et renseigner avec finesse et promptitude sur les données et les nuances qui s’y adjoignent. L’un des membres inspirateurs du mouvement El-Hor dès 1974 et membre fondateur de l’association AHME (Association des Haratines de Mauritanie en Europe).

● Ma brève conclusion : En Mauritanie, nous devons migrer de « chaque communauté, ses abolitionnistes et progressistes en militants reclus vers une forte synergie trans-communautaire à l’échelle nationale pour un engagement global contre toutes les formes d’injustices ».

Longue vie et santé à lui. Ameen.

• Lien vers sa thèse https://theses.fr/112388582

• Lien Amazon de son ouvrage https://www.amazon.fr/Mauritanie-Mohamed-Yahya-Ould-Cir%C3%A9/dp/2343029415

Région parisienne, 15 avril 2025

KS pour le BLOG
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🔴  🇲🇷 #موريتانيا | أمسية خاصة جداً بالنسبة لي!

إن المعرفة السليمة هي قبل كل شيء مسألة معلومات صحيحة ومصدرها المصدر. وقد تشرفت بلقاء مثقف مرموق يمثل مصدراً مثمراً ومورداً مثمراً، في شخص الدبلوماسي الموريتاني السابق، الدكتور #محمد_يحيى ولد #سيري. التقينا لأول مرة لفترة وجيزة في عام 2013 في مؤتمر شارك في استضافته مع الصحفي سيدي موسى كامارا في ماسي. وتوجت تبادلاتنا المتقطعة في الآونة الأخيرة، في إطار التحضير لمقاله https://ecrit-ose.blog/2025/01/01/%E2%97%8F-lesclavage-au-sein-de-la-communaute-soninke-en-mauritanie-analyse-des-resistances-et-des-discriminations-internes-par-dr-mohamed-yahya-ould-cire-a-h-m-e/، بهذه الزيارة المجاملة التي كانت لحظة دراسية وملهمة بالنسبة لي. فالرجل على دراية كبيرة بالجوهر التاريخي والاجتماعي للقضايا المرتبطة بالعبودية في موريتانيا، وهو رجل كريم جدا ومنفتح على الحوار والإحاطة ببراعة وسرعة بالمعطيات والفروق الدقيقة التي تنطوي عليها. وهو أحد الأعضاء الملهمين في حركة الحور منذ عام 1974 وعضو مؤسس لجمعية الحراطين الموريتانيين في أوروبا (AHME).

● استنتاجي الموجز: في موريتانيا، نحن بحاجة إلى الانتقال من « كل مجتمع ومناضليه والتقدميين في موريتانيا من النشطاء المنزوين إلى تآزر قوي عابر للمجتمعات على المستوى الوطني من أجل التزام عالمي ضد جميع أشكال الظلم ».

● Postures contradictoires sur la problématique de l’esclavage : Entre le discours de la libération et l’asservissement de la réalité | Par M. Kodore Fodie Sanghare

Dans une société où patrimoine et identité s’entremêlent, une question qui résume les contradictions de la réalité mauritanienne fait surface : Comment se fait-il que des intellectuels appellent à la libération historique des hommes de l’esclavage, tout en refusant de reconnaître sa persistance dans le présent ? Comment se fait-il que le discours anti-esclavagiste devienne un slogan séduisant dans les forums, mais se transforme en tabou lorsqu’il s’agit de le démanteler sur le terrain ?
L’esclavage : Non pas un souvenir passé, mais une plaie saignante. L’esclavage en Mauritanie n’est pas un simple chapitre de l’histoire, mais un système social et culturel profondément enraciné qui s’est transmis de génération en génération par des mécanismes insidieux. La hiérarchie des « maîtres » et des « esclaves » est encore pratiquée sous des formes diverses dans les sociétés bezan, soninké et pulaar, même si elle est parfois revêtue d’habits modernes. Empêcher un groupe de construire des mosquées comme les autres ou de prier pour ses morts à la mosquée n’est que la partie émergée de l’iceberg des inégalités justifiées au nom de « coutumes » ou d’interprétations religieuses déformées. 

La contradiction est flagrante : Les intellectuels condamnent l’esclavage dans leurs discours et évoquent les tragédies du passé, mais brandissent le glaive de la critique contre quiconque s’élève contre sa persistance aujourd’hui. Le militant antiesclavagiste devient un « traître » accusé de ternir l’image de la société, tandis que ces intellectuels ferment les yeux sur la déformation de la réalité elle-même. 

Pourquoi les intellectuels attaquent-ils ceux qui luttent contre l’esclavage ?
– La peur de la responsabilité sociale : Reconnaître l’existence de l’esclavage aujourd’hui reviendrait à déstabiliser un ordre social en place depuis des siècles. Beaucoup craignent de perdre les privilèges moraux ou matériels liés à leur position dans cette hiérarchie, même s’ils prétendent être contre l’injustice. 
– Echapper à la stigmatisation morale : La lutte contre l’esclavage oblige la société à se confronter à elle-même, ce qui soulève des sensibilités profondes. La marginalisation des militants devient un mécanisme de défense de l' »honneur » imaginaire de la communauté, plutôt que de reconnaître sa véritable honte. 
– Le décalage entre la rhétorique et la pratique : Certains intellectuels adoptent un discours émancipateur pour améliorer leur image, mais refusent de payer le prix de ce discours dans le tissu social. 

L’esclavage n’est pas une « particularité culturelle » mais un crime contre l’humanité : tenter de lier l’esclavage à la culture ou à la religion, c’est travestir les faits. L’Islam, qui est la référence principale de la société mauritanienne, interdit l’esclavage, combat la discrimination et fait de l’égalité le fondement de la dignité humaine. La culture n’est pas une prison sacrée, mais une entité évolutive qui doit se débarrasser de tout ce qui viole les droits de l’homme. 

L’esclavage n’est pas « mauvais pour les Bezaan et bon pour les Soninke », ni une question étroitement ethnique ou constitutive. Il s’agit d’un crime qui porte atteinte à l’humanité, quelle que soit l’identité de l’auteur ou de la victime. Distinguer ses formes en fonction de l’appartenance à une communauté est une continuation de la culture de justification qui alimente l’esclavage. 

L’esclavage ne peut être éradiqué que par une alliance sociétale qui dépasse les frontières ethniques et régionales : Les Haratine, qui ont souffert de siècles de discrimination, ne doivent pas rester seuls dans la bataille. Les Beidhaan, dont beaucoup rejettent aujourd’hui les anciennes hiérarchies, doivent prendre la responsabilité de briser le silence interne. Les Swaninke et les Pulaar, où l’esclavage se cache sous d’autres noms, doivent porter un regard critique sur leur héritage. 

Conclusion : Lorsqu’un intellectuel passe du statut de voix de la liberté à celui de gardien des tabous, il perd la légitimité de représenter la conscience collective. La lutte contre l’esclavage n’est pas un luxe intellectuel, mais une responsabilité morale indivisible. Une société qui a peur d’affronter ses contradictions restera prisonnière des illusions du passé, tandis que ceux qui refusent d’enterrer les vivants dans des tombes de la honte écriront une nouvelle histoire digne de survivre. 

En conclusion, la liberté n’est pas donnée, elle se mérite. L’esclavage ne disparaîtra que lorsque nous refuserons d’être les partenaires de sa perpétuation, que ce soit par le silence ou la justification.


Source en arabe https://www.facebook.com/share/p/1BfkiuG8jB/

Par M. Kodore Fodie Sanghare

● Réflexion et Société | La relation « esclave-maître » ne se réforme pas, elle doit être séparée pour une commune utilité publique. | Par KS

L’origine de la relation « esclave-maître » ne s’est rarement tissée par un accord volontaire et équilibré en termes de position politique et d’habillage social dans le temps et dans l’espace. Ainsi, pour corriger valablement et moralement une société à relation esclavagiste, il faut savoir bien séparer le destin organisationnel (Honneurs et Avoirs) de 2 univers (réalité maîtresse et réalité esclavagisée) au moins sur 2 à  3 générations. Et qu’une autre entité régalienne exogène notamment l’État moderne devienne la référence impartiale à tous coûte que coûte à coup de plaidoyer visionnaire et patient et d’activisme résolument réfléchi. À chaud du présent et du court terme, toute tentative de réconciliation de 2 univers en frictions, se heurtera sèchement à la résurgence inévitable des velléités de subordination sociale et politique liée à l’origine. Dans les annales de l’histoire, même les prophètes et les grands sages n’ont pas réussi à « soigner » effectivement sur un temps court les âmes évoluant collectivement dans ces 2 univers interdépendants mais foncièrement déséquilibrés. Par exemple le cas historique du grand Prophète Moussa (psl) et les enfants d’Israël sous l’asservissement en Égypte pharaonique. La Mission de libération que Dieu lui a assignée fut justement une séparation organique nettement actée entre les 2 univers (l’ordre dominant et les dominés). La grande épreuve pour un ordre social ou politique suprémaciste serait d’accepter de faire corps social égalitaire dans le matériel et l’immatériel avec les éléments subalternisés historiquement dans son environnement. Et également, les éléments dominés et relégués statutairement dans l’environnement doivent se libérer de tous les complexes d’infériorité développés et « socialisés » en eux tout au long du processus de domination dont ils furent victimes. Par ailleurs, une nécessité de reconstruction existentielle doit s’amorcer pour eux dans une nouvelle trajectoire dans le temps et dans l’espace avec une vision réfléchie et une structuration sociale innovante. Surtout ne pas reproduire les marqueurs problématiques et conflictogènes subis ailleurs dans l’ancien univers.

KS pour le Blog https://ecrit-ose.blog/

● Mauritanie / affaire « Niofar » | N’est pas investisseur qui veut. Par M. Moussa Khairy

L’affaire dite “Niofar”, qui alimente les débats depuis quelques jours, jette un doute injustifié sur la capacité de notre pays à accueillir les investisseurs. À y regarder de plus près, il s’agit d’une société au capital modeste de 100.000 MRU, sans autre personnel que sa propre directrice, laquelle serait en situation d’irrégularité fiscale selon les premiers éléments de l’enquête.

Peut-on raisonnablement mobiliser un ministère pour une entité aussi fragile, dont la légitimité pose question ? Si elle était véritablement en règle, pourquoi tant de bruit ? Une structure saine n’a rien à craindre de la transparence ni de la justice.

Il est essentiel de ne pas confondre médiatisation et sérieux économique. Notre pays mérite mieux que des polémiques sans fondement. Car oui, il faut le rappeler : ce n’est pas l’étiquette d’investisseur qui fait l’investisseur.

Par M. Moussa Khairy

● Mauritanie | Le nouveau wali Dahmane Ould Beyrouk : bienvenue au Guidimakha | Par M. Seyré SIDIBE

Monsieur, le wali

Nous ne pouvons que nous réjouir de votre nomination comme, wali ( gouverneur), le responsable et représentant de l’exécutif, l’administration au niveau territorial.

Cette nomination, exceptionnelle par sa nature, une première dans l’histoire de notre région, est un motif d’espoir pour les populations du Guidimakha.

Cependant, il n’est pas question de jubiler encore; vous serez jugé sur la base de vos résultats et des actes que vous poserez.

En effet, le Guidimakha a toujours été une zone de non droit, échappant au pouvoir central, qui pour s’en débarrasser, a toujours volontairement œuvré pour en  faire un territoire délaissé et livré à lui-même, à la merci et à la convoitise éhontée d’administrateurs corrompus, malhonnêtes, arrogants jusqu’ à la condescendance; et animés par le seul souci de se remplir les poches, en plumant jusqu’à l’os les pauvres populations.

Certains ont fait plus de mal que les différents commandants Blanc de l’administration coloniale, qui se sont succédé alors que ces derniers avaient une mission claire, s’inscrivant dans une logique de domination, d’impérialisme et dans un rapport de colonisateur vs colonisé.

Le paradoxe est que nos compatriotes qui ont remplacé l’homme Blanc ont failli sur tous les plans: la région est devenue une plaque tournante de la drogue, un espace de prise de décisions de justice les plus ridicules et absurdes, une partie de la république où les riches commerçants et quelques dignitaires servent de boussole à la loi : ils orientent, manipulent, valident et invalident les décisions de justice.

Dans cette contrée, la justice se sert de notre origine sociale, de votre couleur de peau, de votre coloration politique, de votre disposition à corrompre pour soit vous condamner ou vous acquitter.

Ainsi, nos fameux administrateurs ne manquent pas d’imagination; ils ont toujours réussi à monter les populations les unes contre les autres, créant les conditions favorables à des conflits interminables et insolubles entre des populations, qui ont pourtant depuis des lustres entretenu d’excellentes relations.

Pour cela, ils peuvent compter sur les intermédiaires, souvent des fils de la région transformés en courtisans, prêts à vendre leurs propres frères pour quelques pièces de monnaie ou un repas.

Approcher, forcer une amitié de façades avec les responsables de l’État ( wali, procureur, commandant de la région militaire, de la gendarmerie, de la garde , et le directeur de la sûreté régionale etc.), c’est désormais une profession, un métier lucratif pour ces individus qui participent à la mise à mort de notre région.

Monsieur le wali

Il y a beaucoup de dossiers qui vous attendent, au premier chef la normalisation des relations entre les populations et les forces de défense et de sécurité, qui usent de leur position pour les terroriser.

La corruption à grande échelle qui gangrène tous les services déconcentrés de l’État, caractérisée par la prise en otage des représentants de l’État par les commerçants, hommes d’affaires et de pseudo dignitaires.

La justice, gros chantier à l’abandon à l’image du pays tout entier est un véritable rouleau compresseur qui broie et suce sans état d’âme les populations.

Monsieur le wali

Votre prédécesseur, n’est certainement  pas le plus mauvais des walis qui ont régné sur le Guidimakha. Seulement, lui a eu la malchance d’être emporté par un fait divers macabre et surmédiatisé grâce aux réseaux sociaux.

N’eût été les réseaux sociaux, aucune sanction ne serait prise . Ould serait encore le wali du Guidimakha. En effet , le Guidimakha n’intéresse personne. C’est une terre d’expérimentation de la terreur, des décisions de justice les plus folles, les plus puériles.

Les représentants de l’État sont investis d’une mission : terroriser, abuser et retarder, différer toutes initiatives de développement dans la région.

Grandir dans une région pareille, ne peut que façonner votre être ; ce qui n’est pas sans influence sur votre façon de voir la Mauritanie, de la comprendre et ainsi de votre appréhension politique.

Seyre Sidibe

● Mauritanie : « Les déterreurs de Sélibaby » sont des nôtres | Par M. Ndiaye Kane Sarr.


Il est tentant, face à la violence symbolique ou physique, de désigner des coupables, de tracer des lignes, de dire : ceux-là ne sont pas nous. Ceux qui ont déterré un corps parce qu’il ne partageait pas notre foi, ceux qui refusent qu’un ancien esclave repose aux côtés de leurs ancêtres, on aimerait les mettre à distance, les tenir à l’écart. Mais ils sont des nôtres. Ils sont nés du même sol, parlent nos langues, prient
dans nos mosquées. Ils sont le produit d’un imaginaire que nous partageons, partiellement ou totalement, que nous partageons quand même.

C’est là que commence le malaise. Car si nous refusons de les regarder en face, nous refusons aussi de nous interroger sur ce que notre société accepte, transmet, tolère en silence. Une société ne se construit pas uniquement par ses lois ou ses institutions. Elle se tisse, jour après jour, dans le tissu vivant des relations. Or quand la relation à l’autre est fondée sur la peur, le mépris ou la hiérarchie, elle prépare le terrain à toutes les exclusions.

Ce qui est inquiétant aujourd’hui, ce n’est pas seulement le rejet de l’autre. C’est la manière dont ce rejet devient la norme, et la nuance, une faiblesse. On ne veut plus comprendre, on veut trancher. Il faut que tout soit pur, net, sans mélange. Cette exigence de pureté n’est pas spirituelle, elle est sociale, idéologique. Elle ouvre la voie à tous les fanatismes.

Mais une société vivante est une société qui accepte la complexité. Elle reconnaît que l’autre, par sa différence, m’enseigne quelque chose de moi. Elle comprend que la relation — qu’elle soit de filiation, de voisinage, d’humanité tout simplement — est ce qui nous fonde. Lorsque nous la brisons, lorsque nous décidons que certains ne méritent pas la terre commune, c’est le lien même de notre communauté humaine que nous affaiblissons.

Alors peut-être faut-il cesser de chercher qui est à blâmer, et commencer à regarder comment nous éduquons, comment nous transmettons, comment nous choisissons — ou pas — de dialoguer. Car le fanatique ne naît pas tout seul. Il est souvent le fruit d’un silence, d’une peur, d’une indifférence partagée, d’une compréhension erronée des textes, d’une éducation…

Ceux qui déterrent, ceux qui refusent une sépulture commune, sont des nôtres. Et c’est justement pour cela que notre responsabilité est engagée. Non pas pour les condamner, mais pour ne pas leur ressembler.

Par Ndiaye Kane SARR

● Mauritanie | Editorial de La Nouvelle Expression : A Mohamed S. Merzoug, le citoyen de l’OMVS

« Il était de notre responsabilité d’agir pour protéger les migrants des réseaux criminels et des passeurs. Nous avons constaté les drames humains causés par ces flux migratoires, avec des familles endeuillées après des tragédies en mer. Il était impératif d’intervenir », a déclaré Mohamed Salem Merzoug

C’est seulement après ma sortie sur la question relative aux rafles des étrangers que j’ai pris connaissance de ces propos venant de Mr le ministre mauritanien des Affaires étrangères, patron de la diplomatie mauritanienne, Mohamed Salem Merzoug

Monsieur le ministre, cette posture est salutaire si son application sur le terrain épouse les règles du respect de la dignité et surtout quand celle-ci cesse d’être sélective. Car, quand vous parlez, Monsieur le ministre, de tragédies en mer, vous oubliez que depuis 2019 des Mauritaniens cherchent à connaitre le sort de leurs enfants sans qu’il y ait un soutien efficient de la part de l’Etat.

Cet Etat refuse même de reconnaitre les drames des jeunes Mauritaniens dans l’Atlantique. Que s’est-il passé pour que ce même Etat se soucie de la perte des vies humaines en mer aujourd’hui ? Prétexte utilisé pour renvoyer les étrangers en situation irrégulière chez eux… Alors, c’est pour vous dire que ce n’est pas seulement les étrangers en situation irrégulière qui affrontent les vagues de la mer mais des Mauritaniens aussi.

Toutefois, votre posture est tout de même en nette rupture avec celle de votre collègue de la sécurité intérieure, lui qui s’emploie à installer des camps de types palestiniens, les victimes de l’entité sioniste.

La Mauritanie n’est pas Israël et je ne pense pas qu’il y ait dans cette Mauritanie un seul soutien ou admirateur de Netanyahu, le Premier ministre israélien.

Monsieur le ministre, votre collègue chargé de la sécurité, que je n’ai jamais connu par le passé, m’inspire la peur et le désarroi et j’espère me tromper sur son cas, même si les agissements de certains policiers sur le terrain me laissent un peu perplexe sur sa vision et gestion de cette problématique. Mais, vous et lui, avez péché dans un aspect important qui pouvait mieux expliquer la situation : c’est la communication.

Les canaux, le style et le temps choisis étaient, me semble-t-il, inappropriés. Vous avez et vous continuez à laisser l’image du pays à la merci des influenceurs sur les réseaux sociaux. « Nous avons reçu ici même des Mauritaniens mais, après vérification par le dispositif mis en place par l’agence des titres sécurisés, ils ont été libérés. Nous ne sommes pas en charge de l’expulsion mais, avant cet ultime recours, les interpellés passent tous par l’outil de vérification.

Personne n’a été expulsé sans que sa situation ne soit identifiée et connue… », a déclaré une source policière lors de notre passage (le député Balla Touré et moi-même) dans des commissariats et centres de détention des migrants.

Il a été observé dans nos différents échanges que la police arrive à reconnaitre clairement le manque de communication qui entoure son travail et déplore l’attitude des certains de ses éléments. La désinformation et le manque de communication, voire de transparence sur leur travail en faveur du citoyen, est préjudiciable ; seules les bavures de certains policiers résonnent et occupent le devant de la scène.

Des bavures qui peuvent contribuer à l’instabilité et la frustration des populations mais aussi à ternir encore plus l’image du pays ; un pays très mal en point. Voici, Monsieur le ministre, la situation connue de ce phénomène.

Comme vous, le ministre de l’intérieur doit chercher à redorer son blason, il en va de l’image du pays dans le concert des nations civilisées. Tous, nous partirons et la Mauritanie restera.

L’écriture de l’histoire dont nous avons, aujourd’hui, Monsieur le ministre, la responsabilité doit être digne et peu ou même irréprochable. Consacrons notre vie et engagement à l’action vraie et défendable pour ce pays meurtri.

Votre collègue de l’Intérieur ne peut fermer ses yeux sur les bavures de certains éléments de la police ; en le faisant, il travaille contre la Mauritanie et contre les policiers honnêtes qui veillent sur la sécurité du citoyen et de ses biens.

Votre posture la plus salutaire encore a été l’attitude que vous avez adoptée en 2022 en parlant avec les chancelleries et les associations des communautés étrangères en Mauritanie pour la gestion de la situation des migrants.

Il était plus digne, une fois encore, de faire la même chose, en fixant un délai pour que les concernés prennent leurs dispositions. Gouverner, c’est anticiper. Avec cette manière de gérer ce phénomène naturel et mondial, on retrouvera le Merzoug, ex-patron de l’OMVS, et non cette image, aujourd’hui, de nature à nuire votre réputation.

Monsieur le ministre, refusez d’être ce que vous n’êtes pas ; n’acceptez pas d’être le bouc émissaire des pyromanes tapis dans l’ombre. Vous êtes et vous avez été un homme qui a inspiré une génération, ma génération, vous le Professeur à l’université, cadre du premier et le plus important parti de l’opposition de l’ère démocratique de l’histoire politique du pays. Je me souviens encore que c’était avec joie qu’on vous aidait à faire démarrer votre voiture de type 504 en utilisant nos biceps de jeunes sportifs et militants.

Vous avez fini par rejoindre le camp adverse où vous vous êtes fait respecter. Vous avez eu à occuper beaucoup de positions stratégiques jusqu’à la gestion de l’OMVS pendant plusieurs années, contraint à quitter malgré le soutien de tous les chefs d’Etats des pays membres de cette organisation sous-régionale, sauf Abdelaziz, le Président de votre pays, la Mauritanie. Aujourd’hui, le destin a décidé que vous conduisez, la diplomatie alors que lui, l’ex président, est en prison.

Vous avez quitté l’OMVS avec honneur et dignité et la reconnaissance des services rendus à la sous-région ; vous avez été décoré par la présidence sénégalaise. Alors, vous êtes l’une des personnalités au gouvernement qui a intérêt à bien soigner les relations de notre pays avec nos voisins car, plus qu’un Mauritanien, vous êtes un citoyen de l’OMVS.

Seydi Moussa Camara

● Le Professeur Yahya Michot n’est plus (décédé le 1 avril 2025) | Paix éternelle à son âme.

👉🏿Lire cet élément consacré à sa personne et sa personnalité intellectuelle https://www.saphirnews.com/L-eminent-universitaire-musulman-belge-Yahya-Michot-est-mort-son-fascinant-parcours-retrace_a30712.html

Je me rappelle d’une parole pertinente entendue dans l’interview accordée par le frère et grand promoteur de la lecture M. Marega Muhamad Marega dans le groupe whatsapp de l’Association « Askia Mohamed Touré » du frère Mohamed Boubakar Cissé et ses camarades. M. Marega avait expliqué en substance que la lecture fait voyager et permet de rencontres avec des personnalités qui n’ont pas vécu dans la même période que nous ni dans la même sphère géographique. Ainsi, j’ai compris qu’il a plaidé très justement la lecture qui est profitable et nécessaire pour notre construction intellectuelle multidimensionnelle. Ici, mon expérience personnelle avec cet auteur décédé récemment aux États-Unis, Dr Yahya Michot, m’a fait remémorer de la teneur de ce que M. Marega avait dit.
J’ai découvert la personnalité intellectuelle de M. Michot via un élément vidéo dans lequel il abordait sommairement la vie et la pensée d’Ibn Taymiyya (1263 – 1328). Cheikh Al-islam Ibn Taymiyya qui fait l’objet de nombreuses exploitations plus ou moins controversées notamment sur l’extrémisme violent au nom de l’islam, a été étudié et commenté par Dr Yahya Michot dans plusieurs de ses productions livresques et audiovisuelles.

J’ai lu plusieurs de ses livres (quelques-uns en photo 📸) et visionné quelques vidéos également, j’ai accédé à une certaine familiarité avec ce Professeur à distance. Je ne l’ai jamais rencontré de visu ni de près ni de loin. Et pourtant à travers ses contenus lus et vus, j’ai l’impression de l’avoir côtoyé et connu réellement. Pédagogue et méticuleux avec beaucoup de finesse réservée aux contextes de textes commentés, l’universitaire belge converti à l’islam était d’une éminence intellectuelle qui marque. Il laisse derrière lui un grand patrimoine intellectuel qui continuera d’impacter positivement à coup sûr d’autres esprits qui feront sa rencontre comme ce fut mon cas.


Le lire encore et toujours est l’utile hommage à sa mémoire qu’on puisse se permettre… in sha Allah

Paix éternelle à son âme. 
inna lillahi wa inna ilayhi raji’un

KS pour le BLOG