● L’unité nationale en Mauritanie : leurre ou lueur d’espoir ? | Par M. Souleymane Sidibé

En 1990, trente ans après le Soleil des Indépendances, lors du discours de La Baule, François Mitterrand, président français, appelait les États africains à s’engager dans la démocratisation en conditionnant l’aide au développement à l’ouverture politique. Cet appel marqua un tournant décisif en Afrique francophone et poussa des pays comme la Mauritanie à adopter le multipartisme en 1991.
Cette ouverture est une opportunité pour construire une véritable unité, fondée sur l’inclusion et la justice sociale. De ce fait, l’unité nationale est célébrée comme l’un des piliers fondamentaux de tout État moderne. Au cours des dialogues entre l’opposition et le pouvoir -souvent disposant de la majorité-, ce concept revient. Dans notre république, il résonne particulièrement fort, tant dans les discours politiques que dans les aspirations populaires.
Pourtant, derrière cet idéal se cachent des réalités plus complexes qui méritent une réflexion approfondie. Pourtant, plus de trois décennies après, la Mauritanie reste confrontée à des défis majeurs concernant les questions sociales, économiques et politiques.
À première vue, l’unité nationale semble être une nécessité, un impératif pour garantir la stabilité et la prospérité. Cependant, si l’on observe de plus près, on constate que cet objectif reste souvent hors de portée —pour le moment. Les inégalités économiques persistantes, les exclusions politiques systématiques, la gestion tribale du pouvoir, l’influence militaire omniprésente, ainsi que les choix idéologiques en matière de langue et d’éducation continuent d’entraver l’émergence d’une véritable cohésion nationale.
Dans ce contexte, l’unité nationale en Mauritanie est-elle une réalité en construction ou un leurre soigneusement entretenu ? Cette analyse propose d’explorer les soubassements internes, tout en mettant en lumière les perspectives d’unité fondée sur une gouvernance plus équitable et inclusive.

I. L’unité nationale : une aspiration légitime, mais un idéal fragile
L’unité nationale, dans son sens le plus profond, repose sur l’idée d’une appartenance commune à une même nation, au-delà des différences de culture, de langue ou d’ethnie. En République islamique de Mauritanie, cette aspiration est « théoriquement » partagée par la majorité des citoyens. Cependant, dans la pratique, sa réalisation se heurte à plusieurs « Hurdles » décisifs.
1. La diversité, entre richesse et tensions
Le pays, riche de sa diversité culturelle et géographique, aspire à l’unité, mais les fractures sociales, économiques et politiques sont toujours présentes et profondément enracinées. Dans cette nation mosaïque se trouve un peuple métisse. Cette diversité culturelle unique,  se manifeste avec une population composée de Maures (Beïdane et Haratines), Peuls, Soninko, Wolofs et Bambaras. Cette diversité, au lieu d’être un facteur de cohésion, devient parfois un terrain fertile pour les crispations, exacerbées par des discriminations sociales et économiques persistantes, malgré l’adoption, au fil des années, de plusieurs lois d’orientation et lois organiques visant à renforcer l’unité nationale et à en garantir le respect.
Alors que l’enrichissement de cette diversité tout en optant pour une culture citoyenne entièrement pourrait constituer un fondement solide pour une unité nationale basée sur la reconnaissance de chaque culture et identité, la réalité montre que les crispations identitaires et les inégalités nourrissent une forme d’exclusion. La construction d’une nation unie passe par une gestion inclusive de cette diversité, mais cette gestion semble, jusqu’à présent, manquer d’efficacité.
2. Unité nationale : des fondements institutionnels fragiles ?
Tout au long de son histoire politique, plusieurs initiatives ont été mises en place pour promouvoir l’unité nationale. Des symboles ont été créés, des discours officiels prononcés et des efforts de réconciliation engagés, notamment avec le retour des réfugiés et la lutte contre l’esclavage. Pourtant, ces avancées restent fragiles face aux disparités persistantes dans l’accès aux leviers du pouvoir, aux exclusions politiques et aux inégalités économiques. En somme, les fondements d’une véritable cohésion nationale demeurent précaires. Les fractures sociales et économiques se reflètent dans une gestion politique marquée par une inclusion sélective, tandis que certains dénoncent une hégémonie culturelle.
Ainsi, l’unité nationale ne saurait se limiter aux discours ; elle exige des actions concrètes en faveur de l’inclusion sociale, de l’égalité des chances et de l’équité politique entre les femmes et les hommes, ainsi qu’entre les différentes communautés culturelles. En l’absence de réformes structurelles profondes visant à combattre le système des castes, le tribalisme, le régionalisme et tous les autres -ismes qui divisent, sauf le patriotisme, cet idéal restera hors de portée. L’unité nationale demeure un projet en construction, nécessitant des réformes courageuses et une volonté sincère d’inclusion pour devenir une réalité partagée par toutes et tous.

II. Inégalités économiques : un obstacle majeur à l’unité
L’une des causes profondes des inégalités en Mauritanie réside dans l’inégale répartition des richesses et des ressources. Malgré un potentiel économique important, grâce à l’exploitation des ressources naturelles telles que le fer, le gaz et le pétrole, les bénéfices économiques ne sont pas répartis de manière équitable. Une petite élite détient le contrôle de la majorité des secteurs économiques, laissant indifféremment une large partie de la population dans une précarité constante.
1. Une élite économique fermée
Les inégalités économiques, aggravées par les obstacles liés à l’enrôlement à l’état civil et par un système éducatif ne répondant pas aux normes internationales, ne se résument pas à un simple écart entre riches et pauvres. Elles sont renforcées par une structure sociale figée et par le monopole d’un groupe sur l’ensemble des leviers économiques, limitant l’accès aux opportunités pour le reste de la population. Cette concentration des richesses entre les mains d’une élite restreinte alimente un profond sentiment de frustration et d’exclusion, en particulier chez les communautés marginalisées, telles que les Haratines et les populations dites négro-mauritaniennes.
2. Les ressources naturelles: une chance ou une malédiction ?
La Mauritanie possède l’un des littoraux les plus poissonneux au monde. L’exploitation du fer y est ancienne, l’or y est extrait, et le pays dispose également de gisements de gaz et de pétrole, deux ressources convoitées par les grandes puissances. La gestion du gaz par consortium devait établir les bases d’une exploitation raisonnée et équilibrée des autres richesses nationales.
L’arrivée du pétrole et du gaz représente un tournant potentiel pour la Mauritanie, mais elle soulève aussi des questions cruciales quant à la gestion de ces ressources. Si les revenus issus de ces secteurs ne sont pas utilisés de manière transparente et inclusive, il existe un risque réel que ces richesses aggravent les inégalités existantes au lieu de favoriser l’unité nationale.
Le pays se trouve ainsi à un carrefour : ses ressources naturelles peuvent devenir un levier de développement partagé, à condition que leur gestion soit décentralisée et transparente, garantissant des opportunités pour l’ensemble de la population. À défaut, elles risquent d’accentuer les fractures sociales et de devenir un nouveau facteur de tensions.

III. Un système politique exclusif et verrouillé

1. La gestion du pouvoir : tribale ou démocratique ?
L’accès au pouvoir en Mauritanie est souvent dicté par des logiques tribales et clientélistes, reléguant le mérite et la compétence au second plan. Bien que certaines compétences soient aujourd’hui mises en avant, les nominations dans l’administration et les postes de responsabilité restent largement influencées par des liens familiaux et tribaux, plutôt que par des critères de compétence ou de représentativité équitable. Certaines familles politiques reviennent ainsi de façon récurrente dans l’architecture du pouvoir.
Cette gestion renforce le sentiment de marginalisation au sein de nombreuses communautés, qui se voient exclues des sphères décisionnelles. Elle perpétue une fracture entre l’élite et le reste de la population, favorisant l’émergence d’une classe politique hermétique, souvent déconnectée des préoccupations réelles des citoyens.

2. Un système politique inclusif ou non ?
En dépit du fait que le pays organise des élections et permette l’existence de partis politiques, l’accès aux hautes fonctions de l’État repose encore largement sur des logiques tribales et clientélistes, où les nominations se font selon des alliances politiques et familiales, plutôt que sur des critères de compétence ou de mérite. L’alternance démocratique est alors freinée par un système politique où les forces sociales et politiques en dehors des cercles d’élite ont du mal à se faire entendre. Cela soulève une question cruciale : Comment construire une unité nationale solide si les mécanismes politiques d’inclusion sont absents ?
Bien que la Mauritanie soit officiellement une démocratie multipartite, le paysage politique reste largement contrôlé par les cercles de pouvoir en place. Les élections, bien qu’existantes, sont souvent marquées par des irrégularités et des manipulations institutionnelles empêchant une réelle alternance.
L’absence d’un véritable dialogue politique inclusif renforce le sentiment d’exclusion d’une partie de la population, réduisant ainsi les perspectives d’une unité nationale authentique.

IV. L’influence militaire : un État sous tutelle ?
1. Une omniprésence de l’armée dans la vie politique
Depuis l’indépendance, l’armée a été un acteur central du pouvoir, oscillant entre coups d’État et influence discrète sur les décisions politiques. Si son intervention a parfois contribué à une certaine stabilité, elle a aussi freiné l’émergence d’une gouvernance véritablement civile ; voire démocratique. Son empreinte sur l’histoire politique du pays demeure profonde, tant par ses prises de pouvoir directes que par son poids dans les grandes orientations nationales. D’aucuns pensent que cela perpétue ainsi une présence qui limite la transition vers une réelle démocratie.
2. Une transition nécessaire vers un pouvoir civil uniquement
Pour que la Mauritanie progresse vers une unité nationale durable, l’armée doit progressivement se retirer de la sphère politique et permettre l’émergence d’institutions autonomes et indépendantes. Cela exige des réformes constitutionnelles profondes, assurant une véritable séparation des pouvoirs. Si cette séparation semble visible en théorie, on peut s’interroger sur la réalité de son application : la présence de l’armée dans la vie politique ne constitue-t-elle pas un frein à une gouvernance véritablement inclusive et démocratique ? In fine, cette emprise pourrait représenter un obstacle majeur à l’unité nationale, d’autant plus que l’institution militaire, à l’instar des hautes sphères politiques, semble influencée par des considérations idéologiques..

V. Choix en matière de langue et d’éducation : des fractures invisibles mais profondes
1. La question de la langue : Une instrumentalisation idéologique ?
L’arabe a été imposé comme langue dominante dans l’administration et la justice, accentuant la marginalisation des autres langues nationales ainsi que du français, pourtant essentiel à la transmission des savoirs techniques et scientifiques.
Ce choix dépasse la simple question linguistique ; il relève d’une orientation idéologique. En privilégiant l’arabe, l’État a ignoré les autres langues pourtant parlées par une part significative de la population, instaurant ainsi une forme d’exclusion silencieuse.
Par ailleurs, les écoles françaises restent largement accessibles aux enfants de l’élite, tandis que l’enseignement public, du primaire au secondaire, est en déclin, souffrant d’un manque criant de moyens et d’investissement.

2. L’importance d’une ouverture linguistique : le français et l’anglais comme clés de l’avenir ?
Dans un monde globalisé, la maîtrise du français et de l’anglais est devenue indispensable pour accéder aux savoirs techniques, scientifiques et économiques. Le français, en particulier, relie la Mauritanie aux réseaux académiques et industriels internationaux, tandis que l’anglais s’impose comme une nécessité avec l’essor du secteur pétrolier et gazier, où il constitue la langue des formations et des outils spécialisés.
Malgré la présence d’écoles américaines, celles-ci restent inaccessibles aux ménages à faibles revenus, creusant davantage les inégalités éducatives.
La politique linguistique menée jusqu’ici a davantage servi un projet identitaire qu’un véritable objectif de développement. L’avenir du pays repose donc sur une approche éducative pragmatique, misant sur l’inclusion linguistique plutôt que sur une imposition idéologique

Conclusion : Unité nationale, un projet inachevé ?
L’unité nationale en Mauritanie, bien que constamment invoquée, reste entravée par des fractures sociales, économiques et politiques profondes. La mauvaise gestion de la diversité culturelle, les exclusions politiques et économiques, l’influence militaire persistante et les tensions linguistiques compromettent la cohésion nationale.
Toutefois, cet idéal demeure atteignable à condition d’engager des réformes structurelles courageuses :
● Une gouvernance transparente et inclusive

● Une redistribution équitable des ressources

● Une participation effective de toutes les communautés au processus décisionnel

● Une transition démocratique réelle, libérée de l’influence militaire

● L’avenir de l’unité nationale repose sur la volonté collective d’opérer ces transformations. Sans elles, elle restera un leurre ; avec elles, elle peut devenir une véritable lueur d’espoir pour une Mauritanie plus juste et inclusive.

● Par M. Souleymane Sidibé

● La Mauritanie et l’accueil des étrangers  : Un atout pour le développement | Par M. Ibrahima Dioum

La Mauritanie, avec ses vastes étendues et sa position stratégique entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, a toujours été une terre d’échanges et de brassage culturel. Dans ce contexte, l’ouverture aux étrangers constitue un levier essentiel pour son développement économique. En accueillant des travailleurs qualifiés venus d’autres pays africains, notamment du Sénégal et du Mali, la Mauritanie bénéficie de compétences complémentaires qui renforcent divers secteurs clés de son économie.

Un besoin en main-d’œuvre qualifiée

L’un des défis majeurs de la Mauritanie est le manque de main-d’œuvre qualifiée dans plusieurs domaines techniques. Les Mauritaniens, en raison d’un système éducatif encore en construction, ne disposent pas toujours des compétences nécessaires dans des secteurs comme la maçonnerie, la menuiserie, la restauration, la plomberie, ou encore la mécanique. C’est là que l’apport des travailleurs étrangers devient crucial.

Les Sénégalais, par exemple, sont reconnus pour leur expertise en maçonnerie, en restauration et en mécanique, des secteurs indispensables pour soutenir la croissance urbaine et industrielle du pays. Leur présence permet de pallier le manque de techniciens locaux et d’assurer des services de qualité aux entreprises et aux particuliers. Qui peut compter le nombre de maçons sénégalais ayant construit de belles  villas à Tevrag zeina, à  la Cité plage de Nouakchott et à l’intérieur du pays ? Qui connaît le nombre d’ingénieurs et d’architectes sénégalais ayant bâti des stades et des édifices publics en Mauritanie ? Les chefs cuisiniers ne sont-ils pas en nombre dans les maisons et les restaurants Mauritaniens ?

Un pilier du secteur de la pêche

La pêche est un secteur vital pour l’économie mauritanienne, tant pour la consommation locale que pour l’exportation. Or, ce secteur repose en grande partie sur les pêcheurs sénégalais (capitaines de bateaux et « mooles »), qui possèdent un savoir-faire transmis de génération en génération. Lorsque ces derniers retournent au Sénégal pour des fêtes religieuses comme la Tabaski, le daaka et le Maggal, la Mauritanie subit une pénurie de poissons, illustrant leur rôle fondamental dans l’approvisionnement du marché local.

L’intégration de ces pêcheurs dans l’économie mauritanienne est donc un atout stratégique. En favorisant leur installation et en facilitant leur travail, la Mauritanie garantit une meilleure stabilité de son marché halieutique.

Des échanges économiques dynamiques avec le Mali

Le Mali, voisin direct de la Mauritanie, est un partenaire commercial de premier plan. Les échanges entre les deux pays sont nombreux, notamment dans le commerce du bétail, des céréales et d’autres produits agricoles (arachides, mangues, coton…). De nombreux commerçants maliens s’installent en Mauritanie pour faciliter ces transactions, contribuant ainsi à la fluidité du marché et à la disponibilité des produits.

En retour, la Mauritanie bénéficie de la présence de ces acteurs économiques qui dynamisent le commerce et assurent un approvisionnement constant du pays en denrées essentielles.

Une tradition d’immigration réciproque

Si la Mauritanie accueille des étrangers pour répondre à ses besoins économiques, il est important de souligner que de nombreux Mauritaniens ont eux aussi migré vers d’autres pays d’Afrique, notamment la Côte d’Ivoire, la Gambie, la Guinée, le Sénégal, le Mali ou encore le Gabon pour ne citer que ceux-ci. Ces expatriés contribuent à l’économie des pays d’accueil et envoient des fonds à leurs familles en Mauritanie, créant ainsi un cycle économique bénéfique.

Cette réciprocité dans les mouvements de population montre que l’immigration n’est pas une menace, mais plutôt une opportunité d’échange et de développement mutuel.

Une politique d’ouverture nécessaire

Accueillir des étrangers qualifiés en Mauritanie ne doit pas être vu comme une dépendance, mais comme une opportunité stratégique. La complémentarité des compétences permet de combler les lacunes locales et de garantir un développement économique plus dynamique.

En facilitant l’installation des travailleurs étrangers et en valorisant leur contribution, la Mauritanie pourra tirer pleinement parti de son potentiel économique tout en renforçant les liens avec ses voisins africains comme l’a fait le Maroc pour devenir un pays émergent. Une politique d’ouverture bien pensée ne profitera pas seulement aux étrangers, mais aussi à l’ensemble de la population mauritanienne, qui bénéficiera d’une économie plus stable et prospère.

L’immigration n’est pas une menace mais une opportunité pour les Mauritaniens. La Mauritanie a tout intérêt à favoriser et faciliter l’installation et l’intégration des étrangers sur ses dunes et plaines.

Par M. Ibrahima Dioum

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● Mauritanie : La RADDHO dénonce des violations des droits des migrants

Dakaractu — Dans un communiqué de presse publié le 13 mars 2025, la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) exprime son indignation face aux vagues d’arrestations et d’expulsions de migrants en situation irrégulière en Mauritanie.

L’organisation, qui détient un statut spécial à l’ECOSOC des Nations Unies et un rôle d’observateur à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), dénonce des atteintes graves à la dignité et aux droits humains.

Expulsions et abus signalés

D’après des sources concordantes, des centaines de migrants, originaires notamment du Sénégal, du Mali, de la Côte d’Ivoire et de la Guinée, ont été interpellés avant d’être expulsés. Ceux qui se trouvent encore en détention, notamment dans les centres de Robinet 10 et Le Ksar, seraient victimes de traitements inhumains et de harcèlement.

Malgré les critiques de plusieurs organisations de défense des droits humains, les autorités mauritaniennes qualifient ces opérations de simples actions de “routine” visant à réguler la situation des migrants et à lutter contre les réseaux de trafic humain.

Toutefois, cette répression a provoqué un climat de tension : des migrants sur le point d’être expulsés auraient incendié un poste de police à Gogui Zemal, à la frontière malienne.

La RADDHO interpelle les autorités

Face à cette situation, la RADDHO exige :

• Le respect strict des droits des migrants, indépendamment des politiques migratoires mises en place par la Mauritanie.

• Le respect des engagements internationaux et régionaux de la Mauritanie en matière de protection des migrants, notamment la Convention des Nations Unies sur les droits des travailleurs migrants et des membres de leurs familles.

• L’intervention des autorités sénégalaises pour garantir la dignité et la protection de leurs ressortissants concernés par ces expulsions.

• L’adoption par les États africains de politiques migratoires plus inclusives, respectueuses des droits humains et favorisant la mobilité intra-africaine.

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● La politique est-elle un terrain émotif ? | Par M. Souleymane Sidibé

Faites attention à ceux qui vous entourent, vous flattent, vous portent aux nues, puis vous abandonnent à la première secousse. Dans nos configurations politiques, le terrain est souvent un champ de bataille féroce et impitoyable, où les rapports de force dictent la loi. C’est un espace miné, cruel et sans pitié, où la naïveté se paie au prix fort. Trop souvent, lorsque l’orage gronde, il n’y a personne pour vous défendre ni pour vous aider à tenir tête aux vents contraires.

Le pouvoir n’est pas une simple affaire de gestion technique ; c’est avant tout un jeu de stratégies, d’anticipation et d’affrontements. Administrer ne suffit pas : il faut savoir manœuvrer, frapper -décidément- quand il le faut et se retirer avant qu’il ne soit trop tard. Ceux qui oublient cette règle sont broyés, ceux qui idéalisent le pouvoir finissent trahis. Dans cette arène, avoir raison ne suffit pas : il faut savoir imposer sa raison.

Mais au-delà des intrigues, des trahisons et des luttes intestines, demeure un espoir : la génération à venir. Elle sauvera la Mauritanie de tous les -ismes, sauf du patriotisme. Du moins, je l’espère ! Cette génération ne doit pas voir la politique comme un tremplin, ni comme un moyen d’ascension sociale. Elle ne doit pas bâtir son avenir sur la politique, mais plutôt faire du devenir du pays un moteur puissant à travers les études et la formation.

Elle doit s’investir dans tous les domaines essentiels : les secteurs techniques, l’agriculture, l’industrie, la finance, la médecine, le social… bref, dans toutes les sphères vitales qui structurent un État fort et autonome. C’est en bâtissant un projet de société inclusif, débarrassé de toute forme d’idéologie aliénante et de domination de l’humain par son semblable, que la Mauritanie pourra réellement avancer. Il faut que les institutions remplissent enfin leur rôle et servent l’ensemble des citoyennes et citoyens, sans distinction.

Je ne suis pas utopiste, je crois -simplement- que nous devons y parvenir ensemble. Et je crois fermement que la génération future fera ses preuves. Elle est en train de se construire, d’apprendre, de comprendre, et elle fera le nécessaire pour transformer notre pays. Pas en une « Suisse de l’Afrique de l’Ouest », comme l’avait rêvé le premier président mauritanien, mais en un pays profondément inspirant, où la prospective, la justice et l’innovation régneront.

Souleymane Sidibé

● L’immigration clandestine : un fléau à éradiquer | Par M. Souleymane Sidibé

L’immigration clandestine : un fléau humain qui dévore des vies et ne cesse de s’intensifier. Chaque jour, des milliers de personnes se lancent dans l’inconnu, poussées par un espoir souvent illusoire, et trop souvent, elles ne reviennent jamais. Les cadavres continuent de joncher les rivages. Les créatures marines se nourrissent de nos frères et sœurs avec leurs mômes pour apaiser leur faim. Que pourrons-nous dire à l’avenir, si ce n’est que tel ou tel est parti et n’est jamais revenu ? Pourrons-nous dire que celui-là prit le bateau pour finir au fond de l’océan ? Pourrons-nous raconter aux générations futures que le désespoir, tout comme l’effet de mode, ont conduit tant de vies sur une route sans retour, sans fin ?
On aura plus de larmes pour pleurer, bientôt. Il y a quelques années, l’immigration clandestine était un phénomène méconnu ; aujourd’hui, il est mondial et complexe. Il touche tous les pays, des régions les plus pauvres aux pays développés, souvent avec des conséquences dramatiques. Si ce phénomène est largement observé, ses causes sont multiples et ses effets dévastateurs. Cette tragédie humaine ne peut plus être ignorée. Chaque jour qui passe, des vies sont perdues, des familles sont endeuillées et des passeurs s’enrichissent sur la misère humaine. Ce fléau ne peut être combattu qu’avec une approche globale et humaine.
L’immigration clandestine ne se résume pas uniquement à un problème de passage de frontières, mais implique également des souffrances humaines profondes. Elle doit être combattue  en prenant en compte les motivations des migrants, les violences qu’ils subissent, ainsi que la nécessité de réponses étatiques fermes.

I. Un phénomène mondial en pleine expansion
L’immigration clandestine n’est pas seulement un phénomène de fuite, mais également un choix poussé par l’espoir d’un avenir meilleur. Dans de nombreuses régions, l’illusion d’une vie meilleure dans les pays développés, véhiculée par des récits de réussite, attire des milliers de migrants chaque année. Ces histoires, partagées largement via les réseaux sociaux, masquent une traversée du désert semée d’embûches, mais créent un effet de mode, persuadant que la vie rêvée est à portée de main.
Mais cette illusion cache des causes beaucoup plus profondes : pauvreté, conflits armés, crises économiques et instabilité politique. Nombreux sont ceux qui préfèrent risquer leur vie sur des routes de souffrance plutôt que de faire face à la misère et à l’humiliation dans leur pays d’origine. Le coût du voyage clandestin est exorbitant : jusqu’à 800 000 ouguiyas (environ 2 000 euros), un montant que de nombreuses familles empruntent, ignorant l’incertitude de l’avenir.
Des données alarmantes : selon l’Organisation Internationale pour les Migrations, plus de 4 000 migrants ont perdu la vie en tentant de traverser la Méditerranée en 2023, illustrant le coût humain de cette migration.
Certaines routes migratoires sont devenues des commerces illégaux où la corruption prolifère. Des jeunes sans moyens se retrouvent dans des voitures de luxe, profitant des réseaux de passeurs, souvent complices des autorités locales. Par exemple, sur l’axe Sélibaby-Nouakchott, les migrants doivent payer 70 000 ouguiyas pour atteindre la capitale, un tarif bien supérieur à celui des transporteurs légaux. Dans la région de Nouadhibou, des véhicules sont détournés pour transporter des migrants clandestins, preuve de la complicité entre trafiquants et autorités.

II. Les motivations des migrants : entre espoir et désespoir
Ce qui est souvent ignoré, c’est la violence physique et psychologique que subissent les migrants pendant leur périple. Beaucoup d’entre eux sont confrontés à des abus de la part de leurs semblables. Il y a quelques années, les migrants passaient par le désert pour rejoindre la Libye ; aujourd’hui, plusieurs routes se sont tracées. Les migrants à Nouakchott prennent les pirogues de 50 personnes ou plus depuis les côtes, souvent en complicité avec les passeurs et autorités.
« Le rêve d’une vie meilleure est devenu un piège mortel », affirme Dr. John Smith, expert en migrations et droits humains. « Des milliers de jeunes qui fuient la misère tombent dans les griffes de réseaux criminels sans conscience des dangers. »
On se rappelle des passeurs dans le désert, en quête de profit, qui exploitent la vulnérabilité des migrants, les soumettant à des extorsions, des violences physiques et parfois même à l’abandon en plein désert ou en mer. Des milliers de personnes, surtout des femmes et des enfants, sont victimes de violences sexuelles ou de traite des êtres humains. Certains finissent par être exploités dans des réseaux de prostitution forcée ou de travail clandestin dans des conditions inhumaines.
Ici, des femmes et des enfants rejoignent ce périple dans les embarcadères : bidons d’eau, du lait, du riz, de l’huile, des bonbonnes de gaz butane, un « capitaine virulent » qui garde la boussole tout en imposant l’autorité, des personnes qui se battent à coup d’armes blanches quand la pression monte, des personnes qui tombent et, s’ils n’arrivent pas à remonter, sont abandonnées, et très souvent un bateau qui chavire.
Les violences ne se limitent pas au voyage. Une fois arrivés dans les pays d’accueil, les migrants qui ont échappé à la mort se retrouvent souvent dans des centres de rétention où ils sont confrontés à ce que d’aucuns qualifient de violence institutionnelle, que ce soit à travers des expulsions forcées ou des conditions de vie dégradantes. La stigmatisation, l’isolement social et la précarité engendrent une souffrance mentale accrue. Ils violent les lois de ce pays sans le savoir. Les empreintes sont prises, les « dublinés » sont de plus en plus nombreux.
Les séquelles mentales de l’immigration clandestine sont profondes. Les migrants, après avoir vécu des conditions extrêmes et subi des traumatismes, souffrent souvent de stress post-traumatique, de dépression ou d’anxiété. Ils sont hantés par les horreurs vécues en cours de route, mais aussi par la peur constante d’être arrêtés, expulsés ou rejetés. Pour de nombreux migrants, leur santé mentale est mise à mal, parfois de manière irréversible. Le cas des enfants migrants est encore plus alarmant : séparés de leurs familles ou exposés à des traumatismes inhumains, ils développent souvent des troubles psychologiques graves qui marqueront leur avenir.

III. Solutions globales : Comment éradiquer ce fléau ?
Face à cette situation désastreuse, il est impératif d’agir à plusieurs niveaux. Premièrement, il faut désigner les responsables de ce fléau. Les passeurs, qui exploitent la détresse des migrants, doivent être poursuivis et sanctionnés sévèrement. Leur rôle est central dans l’organisation de l’immigration clandestine, et sans leur implication, de nombreux migrants ne prendraient pas ces risques.
De plus, il est crucial de sensibiliser les familles, en particulier dans les pays d’origine, aux dangers du voyage clandestin. De nombreuses familles sont complices, envoyant leurs enfants ou proches à l’aventure sans prendre conscience des risques mortels qu’ils encourent. Parfois par suivisme. Des enfants bien scolarisés se sont donnés la mort, des adultes bien portants et ayant leurs affaires se sont suicidés en sautant des bateaux.
Ensuite, une réponse étatique forte est nécessaire pour lutter contre l’immigration clandestine. Les contrôles aux frontières doivent être renforcés, mais ce n’est pas suffisant. Il est tout aussi important de coopérer entre pays d’origine, de transit et de destination pour lutter contre les réseaux criminels, y compris au sein des autorités locales. L’Union européenne, par exemple, a déjà mis en place des mesures de coopération, mais ces actions doivent être intensifiées. Des solutions alternatives doivent être proposées aux migrants : création d’emplois, accès à l’éducation et à la formation, et à des perspectives économiques viables dans leurs pays d’origine, afin de limiter les raisons qui poussent à quitter leur pays.
Enfin, les pays d’accueil doivent repenser leurs politiques migratoires. L’accueil des migrants doit être humain et respectueux des droits fondamentaux. Les centres de rétention doivent garantir des conditions décentes et les migrants doivent avoir accès à des soins médicaux et psychologiques, notamment pour traiter les traumatismes mentaux. C’est le cas dans beaucoup de pays. Le renforcement des voies légales d’immigration doit aussi être une priorité, afin de réduire la pression qui pousse les migrants à emprunter des routes dangereuses.

L’immigration clandestine est une tragédie humaine qui ne peut plus être ignorée. Chaque jour, des vies sont perdues. Ce fléau ne peut être combattu qu’avec une approche globale et humaine. Nous avons tous un rôle à jouer. Chacun d’entre nous peut sensibiliser, soutenir des initiatives locales et exiger de nos gouvernements qu’ils prennent des mesures concrètes pour mettre fin à cette tragédie. Il est temps de dire stop aux passeurs, stop aux complicités, stop aux illusions mortelles. L’avenir des jeunes doit se construire chez eux, et non au fond de l’océan.

Souleymane Sidibé

● La journée nationale de lutte contre l’esclavage est passée inaperçue ? | M. Seyré SIDIBE.

Alors que la journée nationale de lutte contre l’esclavage, le 06 Mars, de chaque année vient de passer inaperçue en Mauritanie, tant du côté des autorités que du côté de la société civile, la dernière réunion hebdomadaire du Gouvernement vient d’instituer, une autre journée nationale, commémorant cette fois-ci la diversité culturelle et de la cohésion nationale. C’est en soi une bonne initiative dans un contexte marqué par la montée de propos racistes proférés ou soutenus, sans gêne par les partisans d’une Mauritanie exclusivement Arabe ou blanche.

La reconnaissance d’une journée, consacrée à la diversité culturelle et de la cohésion nationale sonne comme revers pour ce camp, qui fait semblant d’oublier que la Constitution nationale reconnaît, quatre langues nationales représentatives de quatre communautés nationales (Arabe ou Hassaniya, le Pulaar), le Soninké et le Wolof). Le caractère multiethnique, multiracial et culturel de la Mauritanie, n’est pas une invention et n’est pas tombé du ciel. C’est cela son identité : une identité plurielle reflet de sa géographie, de sa genèse et de son histoire. Une journée de plus ! En effet, l’agenda national est déjà trop saturé de journées nationales sans impact.

Pourquoi alors instituer une journée nationale contre l’esclavage ?

Si l’esclavage est vécu comme un mal qui ronge d’abord les victimes, parce que source de stigmatisation, d’exploitation et de déshumanisation, il l’est aussi pour les États où sévit encore cette pratique d’un autre âge. En effet, pendant longtemps la Mauritanie avait opté pour le déni à chaque fois qu’elle avait été interpellée par les partenaires au développement (les instances internationales).

La réponse officielle était : il n’y a point d’esclaves en Mauritanie.

Acculée pendant des années, en plus des preuves qui ne cessent de s’amonceler contre Nouakchott, grâce au travail titanesque et courageux de certaines Organisations de la société civile (ONGs), (le plus souvent combattues et mal vues en Mauritanie mais bien appréciées à l’étranger), les autorités mauritaniennes ont été contraintes d’évoluer dans leur position. Ainsi, elles passent du déni à la reconnaissance non pas de l’esclavage en tant que fléau, elles arrivent à inventer une formule ingénieuse, qui admet la persistance des séquelles du mal. Une manière sans doute de minorer, d’atténuer : une reconnaissance au bout des lèvres. C’est déjà bien !

Comme toujours au Sud du Sahara pour justifier l’injustifiable, l’ignominie, le déshonneur, toutes choses abjectes, on peut compter sur des « intellectuels » ripoux et malhonnêtes » brillants dans la voie satanique et diabolique.

Ces derniers ne manquent jamais de mots, d’arguments, de thèses pour enfumer, manipuler mais surtout impressionner et endormir la société pour faire prévaloir leurs théories, même lorsqu’ elles sont loin de la vérité. Les exemples ne manquent : le tripatouillage des Constitutions, la légitimation des coups d’États, la défense des dictatures et autres régimes corrompus etc.

La journée du 06 mars ?

Loin des joutes politiques et politiciennes, instituer une journée nationale contre l’esclavage, est sans doute une manière de reconnaitre de l’existence de l’esclavage dans notre société.  Les sociétés humaines étant dynamiques, nécessairement la pratique de l’esclavage s’adapte aux nouvelles réalités, en changeant de formes et de manifestations. Mais en réalité, la substance même de la pratique basée par l’exploitation psychologique, sociale, communautaire, mentale, culturelle, religieuse, économique, politique est toujours présente ; même si la stratégie du maître change de formes et d’enjeux. Et en face, la victime aussi n’est plus la même, sa mentalité, ses intérêts et rapports avec le maître ou l’ancien maître, le contexte etc. ont évolué.

Mauvaise lecture de l’esclavage en Mauritanie : la société maure stigmatisée

Jusqu’à une époque récente, parler de l’esclavage en Mauritanie revenait à pointer du doigt la situation des haratins, et à incriminer les bidhanes (maures blancs). Or, la société maure n’est pas la seule esclavagiste en Mauritanie. Les Noirs aussi pratiquent l’esclavage sous une forme plus subtile, mêlée à la culture : un mélange de féodalisme et esclavagisme. Pour s’en défendre, ils sont prompts à brandir l’argumentaire du respect des us et coutumes. 

Dans une république démocratique, de surcroît un État de droit, la promotion culturelle doit impérativement être en harmonie avec les valeurs et principes de la république. Certains débats dans l’espace public ou sur la toile montrent jusqu’où la lutte contre l’esclavage manque de sincérité en Mauritanie. En effet, au lieu d’une tolérance zéro à l’encontre des apologistes esclavagistes, beaucoup préfèrent se contenter de nier ou de comparer les formes de pratiques observées chez les différentes communautés nationales.

On se rend compte d’une contradiction fragrante entre le caractère coercitif dans sa formulation contre l’esclavage et pratiques assimilées d’une part et l’impunité dont se vante les esclavagistes. Les victimes n’ont jamais compris, la mollesse et l’indifférence avec lesquelles les autorités judiciaires, policières et administratives traitent, les dossiers sur l’esclavage, une pratique criminalisée par la loi.

Ce qui est ahurissant, c’est de voir de grands responsables ou des soi-disant intellectuels s’adonner à cœur joie, sans état d’âme à comparer l’esclavage dans nos différentes communautés nationales ; en cherchant à minimiser les pratiques en vigueur chez les Noirs, comparées à ce qui se passent entre bidhanes et haratins. On ne compare pas deux maux.  On les combat.  Ma mère m’a appris que deux grains de sel ont la même saveur, (goût) : la seule différence possible entre eux, c’est à la pesée (le poids).

A l’occasion de cette journée commémorative, de lutte contre ce fléau, il est essentiel de rappeler qu’un combat sérieux contre l’esclavage nécessite un traitement plus pointu, prenant en charge les différentes formes de manifestations du fléau dans nos différentes communautés nationales. 

Où trouve-t-on l’esclavage dans ses différentes manifestations ?

Il est dans les rapports sociaux, il est exprimé dans les mots, dans la façon de nommer, de désigner, d’interpeller etc. Il se nourrit des manifestations populaires et culturelles où il prend la forme de l’expression d’une identité culturelle. Il est présent dans la division sociale du travail, dans la gouvernance des lieux de culte (mosquées), dans les mariages entre les différentes familles. Sur le champ politique, l’esclavage se manifeste aussi dans les nominations, la désignation aux postes politiques ou électifs.

Bien évidemment, la forme visible saute aux yeux du fait qu’elle est pratiquée à ciel ouvert. La loi n’a de sens que lorsqu’elle protège les victimes ; et lorsque toute une administration est chargée d’accompagner les victimes, les protéger, les rassurer, les sensibiliser pour vaincre la peur, les intimidations et autres entraves de nature à compromettre l’accès à une justice. 

Légiférer sur l’esclavage par ascendance

Il est temps que les Autorités mauritaniennes légifèrent sur l’esclavage par ascendance, une particularité des communautés négro-mauritaniennes et négro-africaines. Une loi n’a de sens que lorsqu’elle est appliquée, où quand elle prend les stratégies utilisées par les contrevenants pour la contourner. En effet, l’esclavage par ascendance reste une forme insidieuse qui échappe à la vigilance du législateur et des Autorités, qui ne font pas assez pour en finir avec cette abomination.

Seyré SIDIBE

● La Maison des mondes africains a trouvé ses locaux à Paris après des mois de controverses [RFI]


Après des mois de controverse, la Maison des mondes africains, aussi appelée MansA va s’installer dans le Xe arrondissement de Paris. Ce centre pluridisciplinaire a pour ambition d’être le « QG permanent » des cultures africaines en France. Ce projet a été voulu par Emmanuel Macron et initié par le penseur camerounais Achille Mbembé. Les diverses autorités en charge du dossier se disputaient depuis des mois sur le lieu d’implantation de la maison.

Si l’art peut-être réaliste, les querelles parisiennes sont souvent surréalistes. Il a fallu des mois de débats et de controverse pour enfin décider du lieu d’implantation de la MansA, la maison des mondes africains. Ce sera finalement un ancien atelier du Xe arrondissement de Paris qui commencera à accueillir ses premiers visiteurs dès juin.

Pendant un temps, le ministère de la Culture souhaitait voir la maison s’installer sur les berges de la Seine, à la Monnaie de Paris. Mais le vénérable établissement datant du IXème siècle aurait dû partager un espace qu’il espérait rentabiliser pour financer son budget, faute de fonds publics.

La querelle avait pris un tour politique
Par ailleurs, la querelle avait pris un tour politique. Les députés du Rassemblement national ont accusé le gouvernement de céder « aux sirènes de la repentance », vis-à-vis de l’Afrique. À cela, des difficultés budgétaires se sont ajoutées entre les deux ministères de tutelle, celui des Affaires étrangères et la Culture.

Au final, ce projet aura mis plus de trois ans à s’implanter. Sur le modèle de l’Institut du monde arabe, la MansA se veut à la fois une vitrine, un refuge et un tremplin pour les artistes africains.

• Lien média https://www.rfi.fr/fr/afrique/20250305-maison-des-mondes-africains-va-s-installer-%C3%A0-paris-apr%C3%A8s-des-mois-de-controverses

● Quelle est la pigmentation de la Mauritanie? | Par M. Seyré SIDIBE

Au départ, la Mauritanie était blanche et noire pour devenir noir et blanc. Se référer à l’accord des adjectifs de couleurs pour comprendre la nuance. En vérité, elle est la jonction entre une entité Arabo-berbères devenue Arabe par mutation politique, et une entité négro-africaine qui n’a jamais voulu renoncer à son identité ontologique ou tout simplement la rénier.

L’acte de naissance de la Mauritanie a été signé lors du Congrès d’Aleg (mai 1958). La France était derrière le projet, et jouait le facilitateur entre les deux parties. En effet, ce sont Maures( Arabo-berbères ), qui tenaient vaille que vaille à la création de la Mauritanie sous sa forme actuelle. Ils ont usé de toute la diplomatie, de toute sorte de concession, de compromis, d’accommodement pour que les Noirs acceptent l’union des deux entités.

Les Noirs, selon plusieurs témoins et sources de cette époque, ne se sentaient pas trop ce mariage de raison entre le Nord et le Sud. Ils nourrissaient des réserves et beaucoup de craintes dans ce projet visant à bâtir une nation avec des populations nomades et Arabo-berbères connues pour agressions, pillages et razzias contre les populations de la vallée.

Fins diplomates et très avertis politiquement, les Maures tenaient coûte que coûte à la naissance de cet État mauritanien unitaire, jacobin dans sa composition sociologique et géographique actuelles, soit la fusion de deux nations (une entité Noire et un conglomérat de tribus arabo-berbères).

La Mauritanie n’aurait jamais existé sous sa configuration actuelle, n’eût été là France . En effet, la puissance colonisatrice, a bien voulu pour des raisons stratégiques, impérialistes et économiques créer au forcep, un État trait d’union entre l’Afrique du Nord et l’Afrique au Sud du Sahara.

Ce projet, dans sa conception et sa mise en œuvre était à l’avantage des Arabo-berbères du fait qu’il leur permettait d’être porté à la tête d’un État moderne, et partant d’échapper à l’impérialisme, au joug marocain.

Le Maroc n’a jamais cessé de revendiquer le nord mauritanien comme une partie de son territoire, le Grand Maroc. Cependant il ne voulait pas non plus intégrer dans son giron les populations noires du Sud, présentant des réalités socio-culturelles identiques avec celles du Sénégal et Mali.

Si le plan marocain était mis à exécution nos Arabo-berbères seraient aujourd’hui Sahraouis. Ils auraient eu le même sort que les indépendantistes Polisarios, avec lesquels ils présentent des similitudes évidentes.

Le débat raciste qui écume actuellement les réseaux sociaux en Mauritanie sur la pigmentation de notre pays (Blanche ou Noire), est l’expression du déni et du mépris de la Constitution de la République Islamique et de l’histoire de la naissance de l’État Mauritanien. En effet, même par générosité et altruisme, si l’on mettait entre parenthèses, la Grande Histoire de l’Empire du Ghana (Wagadou), force est de constater que le Noir est consubstantiel à l’ADN de la Mauritanie.

Le danger des rafles ciblant les étrangers subsahariens en Mauritanie, se manifeste par la confusion volontaire entre Noir et étranger par certains racistes partisans d’un panarabisme étroit. Cela est d’autant plus vrai que pendant les événements des années 89 – 90, on a profité de l’expulsion des Sénégalais pour régler les comptes de populations négro-africaines de « souche mauritanienne », avant la naissance même la création de l’État mauritanien.
Voilà l’origine des inquiétudes, voire traumatismes des populations noires à chaque fois que les étrangers d’origines subsahariennes sont prises pour cible.

Dans pareille situation, on attend de nos compatriotes » Bidanes » de soutenir leurs frères Noirs contre les abus du pouvoir. Heureusement, ils ne sont pas tous mêlés à cette campagne malsaine, cette cabale nauséabonde sur les réseaux sociaux assimilant tout Noir à un étranger. Je sais une chose, les Maures, vous êtes vous en Mauritanie. Les Noirs aussi, sont chez eux. Nous avions décidé de créer un État biracial, alors respectons les termes du contrat clairement définis dans les engagements pris lors du Congrès d’Aleg.

Seyré SIDIBE

• Lien média https://ondeinfo.com/quelle-est-la-pigmentation-de-la-mauritanie/?fbclid=IwY2xjawI2hhtleHRuA2FlbQIxMQABHc8A5sA1h-ugqLx7EWLxe-efBCo6IK1r0D2RwxERhsJBTmXRvOg0cuvNqA_aem_-u1gU0ckujEMfXXePZFUCw

● Fuite de gaz sur le champ GTA : La Coalition Mauritanienne PCQVP exige la lumière | Par M. Baliou Coulibaly.

MADAR – D’après une information de source autorisée ; « il a été constaté ce 19 février 2025 des fuites de gaz au niveau du puits A02 du champ de production de gaz Grand Tortue Ahmeyim au large des cotés Mauritano Sénégalaise. »

Selon la même source « des solutions sont mobilisées pour faire face à cette catastrophe y compris la mobilisation d’équipement et de personnel spécialisés pour appuyer les efforts de réparation . Le communiqué précise que l’entreprise considère la sécurité des personnes et de l’environnement comme une priorité ».

Le communiqué rassure par ailleurs que « l’incident du puits A02 qui fait partie des 4 puits du projet GTA n’a pas d’impact immédiat sur les activités de production en cours dans les autres puits. »

Malgré les assurances données par les sources proches des opérateurs ce genre d’incident doit être l’objet d’une attention particulière . Les opérations du champ gazier GTA s’effectuent dans une zone maritime extrêmement sensible caractérisée par un écosystème riche et diversifié, une forte concentration humaine avec des activités socio-économiques qui dépendent de ce équilibre environnemental.

Certes les études d’impact environnemental avaient prévu des incidents de ce genre mais personne ne pouvait imaginer qu’un tel incident pouvait subvenir aussitôt à seulement un mois du début de l’exploitation officielle du gaz.

La Coalition Mauritanienne PCQVP déplore cet incident malheureux et lance un appel aux opérateurs et aux services compétents de l’état pour que toute la lumière soit faite sur cette fuite afin qu’on puisse en tirer les bonnes leçons et éviter que cela ne se reproduise.

La Coalition Mauritanienne recommande que l’ensemble des parties prenantes y compris les communautés locales riveraines de la Mauritanie et du Sénégal soient non seulement informées sur la portée réelle de cet incident mais surtout suffisamment associées à la mise en œuvre du plan de gestion environnemental et social existant.

Un plan qui doit faire l’objet d’évaluations périodiques avec les communautés locales pour une meilleure prise en charge des différents impacts nouveaux ou accidentels.

Sur la base de sa mission de promotion d’une « gestion transparente et responsable de nos ressources naturelles », la Coalition entend ainsi apporter sa contribution en vue d’assurer un développement humain durable et inclusif dans le respect des normes environnementales qui protègent notre planète déjà fortement éprouvée.

Le Président

Ba Aliou Coulibaly

Tel : 222 46455504

• Lien média https://www.cridem.org/C_Info.php?article=781503&fbclid=IwY2xjawIylu5leHRuA2FlbQIxMAABHbNm-ZKki8jSNCM495zDP35sQyhh1EztKJ7c5-YsgxBRm-uIu4VmglfrCw_aem_do3RDmj6CHLYhKNqiVrUXA

● Déconstruire le système des castes et la mentalité féodale [TRIBUNE COLLECTIVE]

« Lutter contre les mentalités, ce n’est pas comme lutter contre un mal de tête. » – Abdoulaye Doro Sow

Le système des castes est une organisation totale de la société, profondément ancrée dans l’histoire. Il constitue un frein majeur à la mobilité sociale, enfermant les individus dans des statuts hérités qui définissent leurs droits et opportunités. Il repose sur le mythe de la pureté généalogique et façonne durablement les mentalités à travers des mécanismes d’assignation sociale et de stratification.

Dans un contexte où la culture démocratique peine à s’imposer, ce système devient un outil de pouvoir pour certains. Son maintien leur garantit une position privilégiée qu’ils défendent farouchement, convaincus que leur statut est une question de survie.

Pourtant, il ne s’agit que d’une construction sociale persistante, transmise de génération en génération au point d’apparaître naturelle et immuable. C’est précisément ce qui rend sa remise en question difficile. Derrière cette hiérarchie figée se cache un conditionnement collectif, une mise en scène où chacun joue un rôle prédéfini. Certains justifient cette organisation en la présentant comme une simple division du travail, alors qu’en réalité, elle sert avant tout à préserver des privilèges sociaux.

Un formatage social qui limite l’individu

Dès l’enfance, un conditionnement subtil façonne les comportements et les aspirations. L’éducation met l’accent sur l’obéissance plutôt que sur la réflexion, utilisant la peur et la culpabilisation comme outils de contrôle social. Ce formatage a des conséquences profondes : manque de confiance en soi, dépendance à la validation sociale, difficulté à prendre des initiatives. L’individu apprend à se conformer, à éviter de questionner l’ordre établi, et à confondre respect et soumission.

Ce conditionnement ne se limite pas à l’individu, il structure la société tout entière. En figeant les rôles sociaux, il empêche l’émergence d’une véritable culture citoyenne, où chaque personne serait reconnue pour ses compétences et non pour son ascendance.

Ces hiérarchies, héritées du féodalisme et de la tradition, continuent de peser lourdement sur les individus. Qu’il s’agisse de castes, d’ethnies ou de classes sociales, elles fonctionnent toutes selon la même logique : diviser, figer, assigner et instaurer des barrières invisibles.

Le cas de la société sooninké

Chez les Sooninké, cette stratification est particulièrement marquée. Elle repose sur l’appartenance héréditaire et l’endogamie (mariage au sein du même groupe), renforçant ainsi les distinctions sociales. Cette société est organisée en trois grandes catégories :

      •     Les Hooro (nobles et hommes libres) : Ils comprennent les Tunkalemmu (princes fondateurs de villages), les Mangu (courtisans et guerriers) et les Modylemmu (guides religieux et imams).

      •     Les Naxamala (hommes de caste) : Artisans spécialisés, ils regroupent les Tago (forgerons), Sako (travailleurs du bois), Jaaro (griots) et Garanko (cordonniers).

      •     Les Komo (captifs et esclaves affranchis) : Historiquement, ce groupe était constitué d’esclaves et de leurs descendants. Bien que l’esclavage ait été aboli, des discriminations persistent et ces individus restent marginalisés.

Ce système ne se limite pas à une classification sociale ; il dicte les destins individuels. Comme le disait l’anthropologue Claude Meillassoux : « Une fois esclave, toujours esclave. » L’ordre social paraît si naturel qu’il est rarement remis en question.

Un modèle similaire chez les Halpulaaren (Peuls)

Comme chez les Sooninké, la société Halpulaaren est organisée selon une structure hiérarchique stricte, où chaque caste correspond à un rôle spécifique :

      •     Les castes d’autorité :

      •     Toorobbe (dirigeants religieux et politiques).

      •     Sebbe (anciens guerriers devenus propriétaires terriens).

      •     Jaawambe (conseillers des Toorobbe).

      •     Les travailleurs manuels, spécialisés selon leur matériau de travail :

      •     Maabube (tisserands), Waylibe (orfèvres et forgerons), Sakkeebe (peaussiers), Lawbe (boisseliers), Buurnaabe (céramistes), Awlube (griots), Wambaabe (guitaristes).

      •     Les Maccube (esclaves et serviteurs), au bas de la hiérarchie sociale.

D’autres groupes, comme les Wolof ou les Beidane (Arabo-Berbères), fonctionnent selon des logiques similaires. Ces hiérarchies sont si profondément intégrées qu’elles deviennent invisibles aux yeux de ceux qui les subissent. Pourtant, ce n’est pas parce qu’un système a toujours existé qu’il est légitime.

Un frein au progrès social et à la culture citoyenne

En enfermant les individus dans des statuts prédéfinis, ce système entrave la mobilité sociale et limite l’épanouissement personnel. Il réduit les opportunités, perpétue un climat de résignation, et freine l’éducation, l’initiative et l’engagement citoyen.

Or, aucune société ne peut évoluer sans citoyens libres de penser et d’agir en fonction de leurs talents et aspirations, plutôt que de leur naissance.

Déconstruire ces hiérarchies pour une société plus juste

Remettre en question ces structures hiérarchiques profondément ancrées, c’est permettre l’émergence d’une société plus équitable, où chaque individu pourrait exercer pleinement son rôle de citoyen.

Le parallèle avec la mentalité féodale est évident. Comme le système des castes, cette mentalité repose sur un conditionnement social qui limite l’autonomie et bride l’imaginaire. Elle produit des individus hésitants, en quête de validation, enfermés dans un système invisible qui détermine leur place et leurs ambitions.

Mais qu’est-ce qui justifie réellement cette stratification ? Rien d’objectif. Rien qui ne résiste à l’analyse historique, à la raison et au bon sens. Ce système repose sur des récits hérités du passé, des habitudes profondément enracinées dans l’inconscient collectif. Il ne tient que tant qu’on le considère comme une fatalité.

Or, l’histoire est pleine d’exemples de sociétés qui ont su déconstruire leurs hiérarchies oppressives et s’émanciper.

Alors, pourquoi pas nous ?

Les pistes pour un changement réel

      1.    Prendre conscience des mécanismes invisibles qui perpétuent ces inégalités.

      2.    Refuser de cautionner et de reproduire ces schémas en cessant d’assigner les individus à des catégories arbitraires.

      3.    Miser sur l’éducation et l’esprit critique pour déconstruire les préjugés et briser ces hiérarchies obsolètes.

En définitive, une citoyenneté pleine et entière en Mauritanie et dans la sous-région nécessite de dépasser ces assignations et de reconnaître la valeur intrinsèque de chaque individu.

La liberté ne s’hérite pas, elle se conquiert. Il ne suffit pas d’attendre que le monde change. Il faut œuvrer pour le changement.

Signataires :

Boulaye Diakité, socio-anthropologue

Mamoudou Baidy Gaye dit Alia, journaliste

Souleymane Sidibé, militant associatif

• Lien média https://www.cridem.org/C_Info.php?article=781518&fbclid=IwY2xjawIxte5leHRuA2FlbQIxMQABHWWjYRcQZaeIa-uElZVbRo4xG-GcaCZNBto6JuJLggiWaQ66zVqeSCpJzw_aem_PEr2Je9ltucj7yc7nNgCCg